24 heures du Mans avec Quentin Arbonnier

Une expérience unique pour une victoire en équipe

  • mercredi 26 août 2015
  • Bonjour Quentin, avant de parler de cette belle victoire, revenons un peu en arrière. En juin dernier, nous avons évoqués tes ambitions de l’été. Comment s’est-t-il passé pour toi ?

Je diviserais mon été en deux temps. Tout d’abord, il y a eu le mois de juillet qui a été très compliqué. J’ai joué de beaucoup de malchance, entre ma mise hors course sur le Tour du Val d’Aoste par les commissaires sans raison, puis j’ai eu droit à une chaîne qui se casse, puis une fourche… Une très mauvaise phase donc ! Après avoir coupé quelques jours, je suis reparti sur des bases solides début août dans l’optique de briller sur le Tour Loire Pilat Forez ainsi que sur la fin de saison. Pour le moment, je suis content de mon mois d’août, les sensations sont bonnes et les résultats encourageants. J’espère passer encore un cran au dessus dès ce week-end.

  • Tu viens de remporter les 24 heures du Mans, course inspirée de l’épreuve automobile. Comment se passe cet événement spécial ?

C’est un truc de fou, c’est une course à part de ce que j’avais pu connaître jusqu’à maintenant. Tu arrives, te mets en place dans les paddocks, tu fais la reconnaissance du circuit… C’était dur de se canaliser, dès le matin du départ de l’épreuve, tout le monde était excité ! Le départ est quelque chose de mythique, chaque coureur court vers son vélo à l’image de l’épreuve moto. J’ai beaucoup aimé l’aspect stratégique avec les relais, la ferveur dans les tribunes, les arrêts aux stands où la vitesse est limitée à 20 km/h … À côté de ça, c’est une vraie course, ça roule fort, tout le monde veut en mettre de partout comme on dit dans le jargon ! Les équipes varient entre un seul coureur jusqu’à huit. Il y a ensuite plusieurs classements établis en fonction des diverses équipes, par exemple : « Équipe de 8, équipe de 6, scratch, mixte, équipe féminine, solo, duo… » Au début ça parait assez complexe, mais une fois que la course est partie, on y voit de suite un peu plus clair.

  • Racontes-nous ta course.

J’ai fait partie d’une équipe mixte, composée de Ludwig Van Ryhin, Aurelien Lapalus, Trixy Godart, Celine Ondet, bastien Duculty et moi-même. Il était prévu que je prenne peu de relais mais qu’ils soient longs ; un de trois heures samedi de 18 à 21 heures et un de 2h30 de 10 heures à 12h30. Le but était que je ne roule pas la nuit pour arriver frais sur la fin de course et pourquoi pas faire la différence ! Mon premier relais était interminable, il faisait plus de 30 degrés, j’ai roulé 120 kilomètres pendant les trois heures avec seulement deux bidons, j’ai terminé bien épuisé. Nous avions à ce moment-là un tour d’avance sur nos concurrents directs,  ce qui n’est pas grand chose sur 24 heures.

Au matin, l’écart était quasi inchangé, on ne savait pas trop quoi faire pour être franc… Bastien Duculty, qui était sur le même schéma que moi c’est à dire avec des longs relais, a décidé d’accélérer pour tenter d’accroitre l’écart. Il me semble qu’il est rentré au stand et que nous avions alors un tour et demi d’avance. J’ai alors pris mon dernier relais sans trop savoir quoi faire, j’étais en chasse patate entre deux groupes, même dans les paddocks mes copains étaient un peu perdus. Fallait-t-il essayer de rentrer sur le groupe de devant, ou attendre le groupe de derrière qui roulait plus vite ? On a tergiversé comme ça pendant une heure, j’étais donc forcé de maintenir un bon rythme entre 38 et 40 à l’heure tout le temps. Au final, j’ai eu comme consigne de me relever car derrière ça roulait très fort. Au bout de 2h30 de relais, j’ai reçu un appel dans l’oreillette me disant qu’on avait désormais 3 tours d’avance sur nos concurrents directs… Ça commençait à sentir bon !

  • L’esprit d’équipe doit être encore plus important dans une telle compétition ?

C’est primordial, mais c’est aussi pour ça que nous sommes venus sur cette épreuve ; réaliser un truc entre potes, se faire plaisir, donner le maximum pour ne pas avoir de regret et savourer par la suite tout ça ensemble. Je connaissais l’ensemble des mecs de l’équipe avant d’arriver sur la course, j’ai été avec eux au Pole Espoir à Saint-Etienne ou en sport étude à Chambéry. Ce sont tous des guerriers, des mecs qui aiment la compétition par dessus tout, toujours prêts à donner le maximum tout en se faisant plaisir. C’est un peu notre vision du vélo à tous. Puis j’oubliais le plus important : ce sont surtout des amis, des gens sur qui on peut compter dans la vie.

  • Comment se passent les ravitaillements ? Là, tu n’as certainement pas eu le temps de cuisiner ?

En fait pendant 24 heures, tu as l’impression de vivre sur une autre planète, entre stress, adrénaline et fatigue. Il faut optimiser la récupération, ne pas trop manger pour ne pas être trop lourd, mais manger quand même pour éviter la fringale qui peut sévir à tous moments ! Pour l’occasion, nous avions des gâteaux sports sucrés ou salés, ce sont des gâteaux à fort taux glucidique. Nous avions aussi du sport déj, c’est une poudre à diluer dans de l’eau et idem, c’est bourré de glucides et très digeste. Après, pour ceux qui avaient la chance de dormir la nuit, il y avait le traditionnel plat de pâtes, ainsi que le bol de flocons d’avoine avec du lait de soja pour le petit déjeuner.

  • Quels genres de cyclistes ont participé aux 24 heures du Mans ?

Il y avait tout types de coureurs cyclistes, certains venaient ici pour terminer, d’autres pour gagner, mais chacun a énormément de mérite ! Nous, on fait ça toute l’année alors oui c’est dur, mais que dire d’une personne qui travaille 45 heures par semaine, qui a une famille à s’occuper et peu de temps pour rouler ? Ces gens-là sont des passionnés, au même titre si ce n’est plus que nous. Il y avait bien entendu des féminines puisque nous même nous en avions deux dans l’équipe, ça aussi j’ai beaucoup aimé, le reste de l’année nous sommes séparés et le temps des 24 heures, nous étions carrément dans la même équipe. Elles méritent d’ailleurs un sacré coup de chapeau, entre les relais nocturne sous la pluie et quatre garçons à supporter !

  • Que retiendras-tu de cette expérience ? Tu serais prêt à la recommencer ?

L’ambiance, notre collectif, le départ, l’arrivée, le tour de reconnaissance, c’est un ensemble en fait. Je suis fier d’avoir vécu cette expérience avec des amis, outre un trophée, on a surtout gagné des souvenirs pour la vie et ça c’est quand même pas rien il me semble ! Alors oui, si demain on me propose une expérience similaire je signe de suite ! J’en profite d’ailleurs pour remercier tout particulièrement notre sponsor Emji Light and Bike ainsi que Trixy Godart et la famille Ondet, sans eux rien de tout ça n’aurait été possible.

  • Quels conseils peux-tu donner à ceux qui voudraient vivre une telle aventure ?

D’y aller dans l’optique de vivre une expérience différente, pour se faire plaisir. Certes il y a un classement à l’arrivée, mais le principal moteur reste le plaisir. J’ai vu des mecs de 40 ans avec du poil aux jambes se mettre dans des états pas possible, à s’écrouler sur une chaise et fondre en larmes tant qu’ils étaient à bout de force… Le vélo est un sport exigeant, dur, ingrat pour quiconque le pratique. Quelque soit le niveau, garder la notion de plaisir à l’esprit permet de savoir pourquoi on pédale dans les moments les douloureux.

  • Quel est ton programme (et tes objectifs) pour la fin de saison ?

Je ne sais pas encore de quoi sera fait ma fin de saison. Pour le moment, je suis concentré sur le Tour Loire Pilat Forez qui se déroulera en fin de semaine, je serai dans mon jardin, le parcours emprunte mes routes d’entraînements ; je n’ai absolument que ça en tête depuis un mois. Pour septembre, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Il y a le Grand Prix du Faucigny ainsi que le Tour du Pays de Gex. Ce sont deux courses exigeantes, au profils accidentés. En fonction de mon calendrier scolaire, je participerais ou non au Tour de Nouvelle Calédonie. Si c’est le cas, je me remettrais au travail pour être à 200% mi-octobre. J’ai aussi en tête Paris-Tours Espoir, c’est une grande course. Tout cela reste encore à clarifier et à déterminer. 

  • Et pour l’an prochain ?

Pour le moment, je n’en sais rien ! Cela va dépendre de ma scolarité, je ferai passer mes études avant ma saison de vélo. J’ai connu une année compliquée, avec des pépins de santé mais aussi personnels, pendant une période, je prenais claque sur claque. Avec un peu de recul, c’est surement ma pire année depuis que j’ai commencé le vélo et de loin. Alors d’un côté, j’ai envie d’une revanche, et de l’autre, je me pose la question : « es-tu encore prêt à te relancer dans une saison de A à Z avec les « sacrifices » que ça demande si c’est pour au final courir après la forme toute l’année ? » Je n’aime pas faire les choses à moitié, je vais donc aller au bout de ma saison puis prendre le temps de réfléchir à tout ça ensuite.

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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