À pied comme à vélo, déplacez-vous en sécurité avec Vigilo

Lorsqu'une Application prévient des dangers

  • vendredi 22 mai 2020

Après une longue période où il fut important d’éviter de se déplacer, c’est avec précaution et sécurité qu’il est temps d’inventer le monde d’après. Et s’il avait déjà commencé ?
Peu à peu, le vélo semble être une prise de conscience. Pour nous passionnés, ce n’est pas une révélation. Mais enfin, ce mode de déplacement pourrait être préconisé avec des structures plus adaptées, en particulier dans les grandes villes.

Pourtant, quelque soit notre mode de transport doux, l’espace public regorge d’obstacles en tous genres. Des travaux aux voitures mal garées. Des incidents aux incohérences, circuler peut devenir un parcours du combattant et demande une vigilance constante.

Pour améliorer la qualité des déplacements et éviter les accidents, une application a été fondée. Plusieurs villes en France l’on déjà adopté, à l’image de Montpellier, où elle est née. À quoi sert-t-elle précisément ? Pourquoi l’essayer, c’est l’adopter ? Réponses avec son fondateur, Quentin Hess.

 

 

  •  Bonjour Quentin ! C’est en naviguant sur Twitter que nous avons pris connaissance de ton application Vigilo. Avant de nous en détailler ses particularités, si tu commençais par te présenter ?

Bonjour à toutes et tous,
J’ai 32 ans et je travaille dans le secteur informatique en tant que Chef de projet dans l’hébergement et l’infogérance.

Je me déplace à vélo quotidiennement depuis maintenant sept ans. Ça a commencé lorsque je suis arrivé à Paris, où je voulais ne pas dépendre du métro pour me déplacer et profiter de la ville à l’air libre. J’ai commencé rapidement à militer pour ce mode de déplacement en participant aux masses critiques mensuelles et en partageant régulièrement les difficultés dans mes déplacements sur le réseau Twitter.

Suite à une mutation professionnelle, je suis arrivé à Montpellier en 2018 où j’ai gardé mes habitudes de déplacement et j’ai été mis très rapidement dans le bain du militantisme vélo local grâce à l’apparition du mouvement #JeSuisUnDesDeux.

 

  • Tu résides donc à Montpellier. Quelle place a le vélo dans la ville, dans le département de l’Hérault et la région Occitanie ?

Côté ville, il y a à mon sens un énorme potentiel pour les déplacements à vélo : des dénivelés limités, un territoire à taille humaine et un climat plutôt favorable avec plus de 300 jours de soleil par an. Et pourtant même si le vélo est à présent pris au sérieux, il y a beaucoup de retard à rattraper pour en faire un moyen de transport accessible pour tous et ainsi augmenter largement sa part modale.

Côté département et région, la vision semble être plus avancée, le vélo étant un outil pour le développement touristique. Il y a cependant beaucoup à faire encore pour permettre de relier les territoires entre eux par le vélo en toute sécurité.

 

  • Au fil du temps, trouves-tu qu’il y a de plus en plus de personnes qui se déplacent à vélo ?

Oui et c’est assez impressionnant de faire la comparaison avec mes débuts en 2013 où on résumait régulièrement le cycliste urbain comme le “jeune”, “bobo”, “homme”, “CSP”, “sportif”, “écolo” ou encore “téméraire”.

En plus de la quantité d’usagers plus importante, je vois de plus en plus de femmes et d’enfants (en cargo/carriole, draisienne ou sur leur vélo) utiliser ce mode. Il reste beaucoup à faire pour étendre encore plus son usage au plus grand nombre, mais cette évolution est encourageante.

Pour les usages, en plus des trajets pendulaires et de loisir, je vois également de plus plus en de professionnels (pour de la livraison ou même le transport de leur matériel) avec de nouveaux types de vélos qui élargissent encore plus le champ d’application de ce mode de transport.

 

  • Quels constats as-tu réalisé pour avoir l’idée de fonder Vigilo ?

La perception du terrain par les usagers à vélo et même à pied (on peut même étendre aux PMR) est souvent éloignée de celle des collectivités qui planifient des mesures ou aménagements pour ces modes sans en mesurer les effets et les améliorations à y apporter.

Les bilans des collectivités sur les mesures vélo sont souvent basés sur des effets d’annonces et chiffres sans permettre pour autant de se faire une idée sur les effets réels constatés sur la cyclabilité. Une source citoyenne et transparente permet d’apporter un peu plus d’objectivité quand le vélo devient un sujet politique.

Les pistes cyclables et les trottoirs sont les grands oubliés de nos villes en ce qui concerne leur accessibilité et leur entretien au jour le jour. En permettant à chacun de remonter ses difficultés, cela doit permettre en plus de les corriger de manière unitaire, de revoir la considération de ces espaces comme des voies de circulation au même titre que les routes.

 

Un signalement parmi tant d’autres

 

 

  • Tu nous décris comment tout s’est développé ?

Suite au mouvement #JeSuisUnDesDeux conséquent à une phrase du mairie Philippe Saurel en octobre 2018 expliquant qu’il n’allait pas faire de pistes cyclables pour deux cyclistes, le mouvement militant vélo s’est renforcé très rapidement sur la métropole et même au delà, voyant naître de nouvelles initiatives appuyées par l’association locale Vélocité Grand Montpellier dont je suis bénévole et actif.

Voyant un fossé entre mairie et usagers, il me semblait nécessaire de mettre en place un outil permettant de centraliser les difficultés et besoins de manière collaborative et transparente. L’application a rapidement convaincu Vélocité qui s’en est fait le principal sponsor au niveau local mais aussi plus loin.

Au délà des frontières de la ville et même du pays, elle a attiré l’attention d’autres associations qui ont rejoint le réseau Vigilo, ce qui a permis le renforcement de l’équipe de développeurs contributeurs.

Aujourd’hui, les collectivités se montrent de plus en plus ouvertes à l’utilisation de ces données comme source pour aider à la planification de nouvelles mesures ou de chantiers et assurer un suivi du terrain.

 

  • Concrètement, à quoi sert l’application et comment l’utiliser ?

L’application permet aux usagers des mobilités actives de remonter les problématiques qu’ils rencontrent sur le terrain lors de leurs déplacements.

Ces problématiques sont enregistrées sous forme d’observation. Elles contiennent à minima une photo, la date du constat et sa géolocalisation. D’autres champs tels qu’une catégorie ou un commentaire la complètent. Ces observations sont ensuite modérées afin de vérifier leur pertinence, le respect de la loi et de la vie privée dans leur contenu, ainsi que les éventuelles erreurs de saisie pour être ensuite publiées.

À charge ensuite à chaque association s’occupant de l’instance locale et/ou à la collectivité d’exploiter ces informations.
L’ensemble des données en OpenDATA sont accessibles à tous via une API pour permettre des analyses ou des connexions avec les systèmes informatiques des associations ou des collectivités.

Depuis peu, il est également possible de résoudre les observations et ainsi d’indiquer qu’un problème constaté auparavant a été résolu. L’application est disponible sur Android ou via le site internet, (mobile et PC).

 

Schéma récapitulatif du fonctionnement

 

 

  • Actuellement, quelles sont les villes où Vigilo est disponible ?

Vigilo est disponible sur les territoires de Nantes, Montpellier, Chatillon, Aix/Marseille, Troyes, Amiens, Beauvais, Brest, Mons (Belgique), Saclay, sud du département de l’Oise et en test dans de nombreuses autres villes.

 

  • Quelles sont les perspectives de développement à l’avenir ?

Vigilo nécessite actuellement pour chaque association qui le met en place des compétences informatiques et des bénévoles pour l’installer et le maintenir. C’est un réel problème pour certaines associations qui ne sont pas en capacité d’effectuer ce travail mais qui sont malgré tout intéressées par sa mise en place au niveau local.

Des réflexions sont en cours pour la mise en place d’instances mutualisées au niveau national avec une gestion informatique centralisée.

 

Exemple visuel représentant un danger

 

 

  • Penses-tu que le vélo pourrait enfin trouver en France une place adaptée et sécurisée sur du long terme suite à la crise ?

Cette crise a fait émergé de nouvelles contraintes et a surtout mis en avant la nécessité de revoir notre modèle de société. La distanciation physique nécessaire à présent va accélérer une remise en question sur des problématiques déjà connues telles que la densité des villes, la résilience, la proximité, la pollution… .

Pour beaucoup d’entres-elles, le vélo est une partie de la solution. J’imagine difficilement qu’il en soit écarté.

 

  • Pour promouvoir ton application et les messages à faire passer autour, cherches-tu des collaborateurs et des partenaires ?

Vigilo est un projet Open-Source et ouvert aux développeurs contributeurs, nous sommes ouverts aux gens motivés intéressés pour rejoindre le développement du projet.

Le déploiement sur le territoire se fait avec les associations, elles sont également bienvenues pour rejoindre le réseau et permettre d’étendre son utilisation.

 

  • Pour conclure, quels sont les conseils simples et pourtant très utiles que tu voudrais apporter en terme de vigilance et de bon sens ?

À ceux qui créent les aménagements : concevez-les de manière à y imaginer que vos enfants comme vos grands-parents puissent y rouler en sécurité.

Aux cyclistes qui débutent : considérez-vous comme invisibles aux yeux des autres usagers afin d’anticiper les comportements inattendus et souvent les plus dangereux.

Pour ceux et celles pour qui la météo est un frein : il n’y a pas de mauvais temps, que des mauvais équipements !

 

Interface

 

 

Merci et bravo à Quentin Hess pour ces initiatives qui améliorent la sécurité des déplacements à pied comme à vélo.

Pour utiliser l’application et obtenir plus d’informations, rendez-vous sur le site internet de Vigilo.

Il nous reste à vous souhaiter de belles sorties tout en prudence et vigilance !

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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