Changement de cap pour Gaëtan Lemoine

De nouveaux horizons au cœur d'Otakam et de l'Occitane Cyclisme Formation

  • mercredi 25 novembre 2020

À 25 ans, il a déjà cumulé bon nombre d’expériences à vélo, y compris un stage chez les pros. Désormais tourné vers la prochaine saison grâce à de belles opportunités saisies, Gaëtan Lemoine va nous raconter dans ce mets pourquoi il a décidé de s’installer à Toulouse et nous parler de son rythme de vie dans la ville rose.

 

Photo : La Sport Breizh

 

  • Bonjour Gaëtan, voilà quelques temps que tu as pris un nouveau départ. Avant cela, revenons en arrière. Peux-tu nous faire un récapitulatif chronologique de tout ce qui te lie au vélo ? 

Bonjour, tout d’abord merci de l’intérêt porté pour mon portrait. Merci également à tous ceux qui prendront le temps de s’y intéresser.

J’ai réalisé mes premier tours de roues dans celles de mon père. Issu d’une famille passionnée par le sport cycliste et d’un père longtemps compétiteur, j’étais d’abord plus occupé à taper dans un ballon. Après quelques années de football et un court passage par l’INF Clairefontaine, je me suis lancé en minime au vélo et à la compétition au sein de l’ES Auneau, dans la région de Chartres d’où je suis originaire.

J’ai fait mes classes dans les catégories jeunes jusqu’en junior au sein de ce club familial. C’est là que j’ai découvert mes premières compétitions de niveau national, mes premières sélections et mes premiers succès. Mon apprentissage s’est poursuivi lorsque j’ai quitté le domicile familial à mes 15 ans, mes parents ayant eu l’ouverture d’esprit et le courage de comprendre mes projets et me laissant partir en Bretagne pour intégrer le Pôle Espoir de St-Brieuc supervisé par Roland Le Doledec. À l’internat la semaine et chez mes grands-parents le week-end, ils m’ont accompagné à merveille durant ces années sur les compétitions. C’est aussi au cours de ces années que j’ai rencontré des personnes incroyables qui sont aujourd’hui mes amis.

Tout s’est accéléré en intégrant le Team Pays de Dinan à mon arrivée chez les Élites. L’équipe supervisée par François Journiaux et Ludo Bertheleme m’a permis d’apprendre les fondamentaux du coureur cycliste dans une atmosphère indescriptible si on ne l’a pas vécu. J’y ai découvert et développé le sens du collectif, l’émotion des victoires et les difficultés de ce sport.

Après trois années à me faire une place dans le peloton du « Grand-Ouest » et quelques succès, j’ai saisi l’opportunité de rejoindre le VCP Loudéac drivé par Yvonnick Bolgiani puis Steve Arbault. Il s’agissait pour moi d’aller voir encore un peu plus haut en intégrant une équipe de DN1, plus haut-niveau amateur et équipe réserve d’abord de l’équipe Fortuneo-Vital Concept puis du Vital-Concept CC (devenu B&B Vital-Concept). Il s’agissait de me confronter à ce qui se faisait de mieux pour un coureur amateur en terme d’épreuves amateurs et professionnelles en France comme à l’étranger. J’y ai acquis une forte expérience, devenant peu à peu un « coursier » et prenant au fil des années une routine et des réflexes me rapprochant peu à peu du professionnalisme.

Au cours de ma seconde saison au sein de l’équipe du VCP Loudéac, j’ai eu la chance d’intégrer l’équipe professionnelle Vital-Concept CC, chère à Patrice Etienne, pour la fin de saison 2018. Une période délicate car fatigué physiquement après une grosse saison ainsi qu’un double projet à mener de front. J’en garde énormément de souvenirs, de rencontres, d’anecdotes à raconter et une certaine fierté d’avoir atteint ce niveau.

Fin 2019, j’ai fait le choix de réduire la voilure des déplacements et de ce rythme infernal auquel je me soumettais depuis quelques années, privilégiant la réussite de ma dernière année de Master. En rejoignant en 2020 l’équipe de l’UC Cholet 49 de Simon Madiot, il s’agissait d’un choix du cœur, je souhaitais retrouver une équipe avec un calendrier plus « local », avec un état d’esprit plus formateur, et une volonté d’apporter mon expérience aux plus jeunes. Il s’agissait surtout de trouver une équipe de niveau National avec mon frère Fabian afin de l’accompagner dans sa découverte du haut-niveau.

Malheureusement les événements de 2020 ont remis en cause ces projets, anéantissant mes enjeux sportifs mais m’ayant permis de valider mon cursus universitaire et d’éclaircir mes envies et projets d’avenir.

Aujourd’hui et après beaucoup de chemin parcouru, je me retrouve dans cette belle région toulousaine après avoir saisi l’opportunité d’intégrer l’entreprise de Jérôme Legenne, Proessa Sport, et rejoins l’équipe de l’Occitane Cyclisme Formation en National 1. C’est un nouvelle page que je m’apprête à écrire avec beaucoup d’enthousiasme et d’impatience.

 

 

  • Quels sont les moments qui t’ont le plus marqué au fil des saisons ?

Sur le plan sportif, les différents succès que j’ai pu connaître sont forcément marquants lorsque l’on est un compétiteur avéré. Mais avec du recul, les rencontres et les expériences de vie sont tout aussi importantes pour moi. J’ai eu la chance de gravir les échelons un à un et de prendre conscience de mes progrès d’année en année. Je pense aussi avoir laissé une bonne image partout où je suis passé, c’est l’une des choses qui me satisfait le plus. Je n’ai jamais eu cette esprit de leader, ou de volonté d’écraser la concurrence, j’ai toujours privilégié la cohésion et l’échange avec l’autre.

Certains diront que c’est un manque d’ambition et qu’il faut être « méchant » pour réussir à haut-niveau. C’est peut-être vrai mais j’ai ce besoin et cette facilité à « switcher » dans mon approche. Je peux être très détendu dans un peloton et avoir la blague facile, mais si il faut mettre le coude ou l’épaule pour garder ma place, j’en suis aussi capable et y prends même un certain plaisir.

Aujourd’hui, si je faisais le bilan, je dirais que je suis heureux et fier du chemin parcouru, chose que j’ai mis du temps à réaliser car les choses s’enchaînent vite et laissent peu de place aux doutes et aux états d’âme lorsque l’on est plongé dans l’effervescence du moment.

 

Crédit : Audrey Duval

 

 

  • Avec le recul, que gardes-tu de ton stage chez Vital Concept CC ?

C’était une superbe expérience et un bon souvenir car ce n’était pas dans mes plans. Je voyais et vois toujours le vélo comme une passion, un exutoire dans lequel je me retrouve pleinement. Cela m’a apporté beaucoup de sérénité et de certitudes sur mes capacités et objectifs de vie. J’étais en deuxième année d’un précédent Master à l’époque, je préparais mes concours la semaine et me retrouvais avec les équipes World Tour certains week-ends.

Tout me paraissait normal, car c’était une suite logique pour moi mais avec du recul, c’était quand même un peu « hors norme ». Je me retrouvais le dimanche à rouler aux cotés de coureurs de classe mondiale de chez Quick-Step et le lundi matin, je retournais sur les bancs de la Fac avec des étudiants qui ne connaissaient qu’à peine le Tour de France.

Au fond je crois que c’était mon équilibre, et il n’en reste que de bons souvenirs, des anecdotes que je raconte avec sourire mais sans goût d’inachevé car je n’ai jamais prétendu à obtenir un contrat pour que l’expérience se poursuive avec cette équipe ou une autre.

 

Photo : FRJ_Sport

 

 

  • Comment as-tu vécu cette saison spéciale ainsi que les confinements ?

Ce fût une saison et année très particulière pour moi. Une année de certains achèvements et de commencement qu’il à fallu gérer en plus des confinements. Ma première partie d’année ressemblait à ce que je vivais au cours des saisons précédentes à allier ma vie personnelle, universitaire et sportive.

J’étais enthousiaste à l’idée de courir pour une nouvelle équipe, mais ma saison aura finalement était très courte avec des stages de pré-saison et quatre courses, chose inhabituelle pour moi qui n’a jamais vécu d’arrêt forcé ou de blessure après toutes ces années en Élite. J’ai tout de même continué à rouler mais sans la même envie, ni la motivation qui me caractérisait, envisageant même très sérieusement de mettre un terme à dix ans de pratique.

Ce confinement aura eu le mérite de valider mon second Master avec mention après avoir eu les yeux constamment rivés sur l’ordinateur entre analyses statistiques et documentation interminable pour l’élaboration de mon mémoire. Ce travail de recherche sur le burn out des sportifs de haut-niveau s’est finalement avéré être en adéquation avec la période et n’aurait jamais était aussi abouti sans ce confinement forcé.

Suite au premier confinement, j’ai profité de l’été pour faire des choses que je n’avais jamais faite jusqu’ici en vivant exclusivement en fonction et au rythme du calendrier sportif les années précédentes. J’ai donc pris du temps pour ma famille et mes amis que je n’avais plus revu depuis des années pour certains, j’ai voyagé, et me suis ouvert à de nouveaux centres d’intérêts. Finalement, j’ai vécu une vie « un peu plus normale » et ce fut une réelle bouffée d’oxygène qui m’a permis de savoir quelle direction prendre à présent.

 

  • Puis est arrivée cette opportunité de rejoindre Proessa Sport, la start-up qui a fondé Otakam basée près de Toulouse. Pourquoi avoir décidé de faire partie de leur aventure ? 

Cette rencontre est également une opportunité liée au confinement. Au cours de cette période avec quelques amis, nous avons lancé une équipe de E-Sport nommée BDO sur l’application Zwift. C’est dans ces conditions que j’ai fait la rencontre Romain Malbreil. Il était lui aussi à l’origine de la création d’une équipe Zwift du nom d’Otakam. D’une discussion à une autre, nous nous sommes liés d’amitié jusqu’à ce que nos échanges nous mène sur le sujet de l’entreprise Proessa Sport et le concept Otakam, où il est en alternance. D’abord à l’écoute des différents projets de l’entreprise puis surpris par ce concept d’index de performance dans le monde du cyclosport, je suis entré en contact avec Jérôme Legenne, le co-fondateur de l’entreprise.

Attentif à d’autres propositions dans un registre plus « classique » lié à l’entraînement et avec des envies de tenter l’expérience à l’étranger annihilé par la crise sanitaire, Jérôme et les projets concrets et ambitieux de l’entreprise ont su faire émerger en moi un réel engouement et enthousiasme. Aujourd’hui, je ne regrette aucunement mes choix et pense même avoir pris la meilleure des décisions.

 

  • Comment s’est passée ton intégration dans la ville rose… ? 

Je connaissais déjà la ville et la région et il est indéniable que les conditions de vie et climatiques ont pesé dans la balance. Arrivé fin août dans la ville rose en provenance de Rennes, je tombe petit à petit amoureux de la ville, et surtout de sa région qui est certainement l’une des plus belles pour s’évader et s’entraîner avec une vue imprenable sur les Pyrénées au sud de Toulouse.

Malheureusement, je dois encore patienter pour découvrir la facette plus festive et culturelle de cette ville que j’ai connu lors de mes séjours précédents avec une atmosphère si vivante et dynamique.

 

Couché de soleil au dessus de la Garonne capturé par Gaëtan L.

 

 

  • … Puis à l’Occitane Cyclisme Formation, ta nouvelle équipe pour la prochaine saison ? 

Eux aussi ont su trouver les mots et l’ouverture d’esprit pour m’accueillir pour la saison à venir. L’intégration prendra peut-être un peu plus de temps qu’à l’accoutumé car le confinement empêche les rassemblements, néanmoins je connais déjà certaines têtes et je ne suis pas inquiet sur l’accueil et la bienveillance des Occitans, dont j’ai déjà pu avoir un bon aperçu.

L’équipe de Nationale 1 a une réelle volonté de développement et de progrès. J’essaierais d’apporter un maximum avec mon expérience sportive et professionnelle pour aider l’équipe à atteindre ses objectifs. Il s’agit d’une équipe avec un état d’esprit que j’avais connu par le passé au Team Pays de Dinan, il s’agissait d’une des conditions sine qua non pour ré-épingler un dossard en 2021.

Je remercie donc l’Occitane Cyclisme Formation et celle de Montauban Cyclisme 82 de m’accueillir ainsi que les membres du staff qui investissent du temps et de l’argent pour nous mettre dans de très bonnes conditions avant même le début de la saison sportive.

 

Nouveau terrain de jeu ! Photo via Gaëtan L.

 

 

  • Quels y seront tes rôles et tes ambitions ?

Après une saison « blanche » par manque de compétition et d’entraînement, je suis conscient du travail que j’ai à accomplir pour revenir au niveau qui était le mien pour être performant. Néanmoins je suis motivé et enthousiaste à l’idée de découvrir un nouvel environnement, un nouvel effectif et un nouveau calendrier. Je pense avoir une bonne capacité d’adaptation et d’intégration sur le plan collectif. J’apporterai à tous ceux qui le souhaite et le demande, le maximum de mes expériences pour faire gagner du temps aux plus jeunes dans l’accès au haut-niveau.

L’équipe est très intéressante avec de nombreux profils et des parcours différents, je pense d’ailleurs que le recrutement a été très bon au vu de la période. L’équipe s’appuiera sur des valeurs sûres pour amener un maximum de résultats. Elle compte également des coureurs qui commencent à avoir assez d’expérience pour confirmer leur potentiel et des jeunes avec le couteau entre les dents et l’envie de bien faire.

À moi de trouver ma place au sein de l’équipe, les rôles peuvent être envisagés lors de l’élaboration de l’équipe mais c’est surtout la course et le terrain qui les déterminent. Toujours est-il que ma philosophie reste la même, je serai dévoué à 100% pour le collectif et j’espère contribuer aux résultats de l’équipe. Si j’ai ma chance ou l’assurance de faire un résultat, à moi de la saisir ! Mais le plaisir et le partage sera l’ambition principale cette année, les résultats suivront.

 

  • Pendant le premier confinement, Otakam a organisé des épreuves virtuelles. En quoi cela consiste ? 

Effectivement, Otakam a souhaité dynamiser et mobiliser les cyclistes confinés dans une période où la plupart sont en pleine ébullition entre compétitions et déplacements. Nous avons eu de bons retours et une forte participation lors de ces épreuves sur Zwift.

Aujourd’hui, nous avons toujours les créneaux et les épreuves continuent, bien que nous sommes conscients que la plupart des participants étaient là par défaut et profitent du moindre rayon de soleil et d’une autorisation pour retrouver l’essence même de leur pratique, le monde extérieur.

 

  • Parlons justement de l’entreprise qui t’a embauché : quelles sont tes missions et vos prochains objectifs ? 

Au sein de l’entreprise, j’occupe un poste innovant et dynamique de Business Developper. Il s’agit d’apporter mes connaissances et expériences dans l’entraînement, l’optimisation de la performance sportive et les nouvelles technologies au sein de projets concrets et dynamiques. Nous nous appuyons sur plusieurs axes de travail comme évoqués précédemment ; le E-Sport et l’index Otakam rendant le monde du cyclosport plus dynamique et innovant.

Mes missions se rapprochent d’avantage de deux autres pôles, celui du Sport-Santé avec le développement d’une application mobile d’aide à la gestion d’effort. Nous avons la chance de nous appuyer sur un brevet du CNES qui est issu du suivi physiologique des astronautes. Une autre de mes missions est en lien avec l’évaluation et la prévision de la performance, nous avons de bons retours et même de l’intérêt porté par l’une des meilleures équipes professionnelles, preuve que notre développement avance, suscite de la curiosité et de l’intérêt !

L’objectif à terme est de mener à bien nos projets afin de faire en sorte que la société continue à faire preuve de dynamisme, d’innovation et poursuive son développement.

 

  • Pour conclure, quelque chose à ajouter ?

Merci pour cet entretien, pour ce regard sur le cyclisme et ses acteurs au cours de vos interviews. Je profite également de cette exposition pour remercier l’ensemble des personnes côtoyées et rencontrées au cours de ces années et particulièrement celles qui m’ont soutenu et accompagné jusqu’à aujourd’hui.

 

Crépuscule à Toulouse by Gaëtan L.

 

Merci à Gaëtan Lemoine pour ce Plat copieux aux saveurs du Sud-Ouest ! Nous te souhaitons une belle intégration chez nos partenaires d’Otakam.fr ainsi qu’une belle saison à l’Occitane Cyclisme Formation.

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.