Tout un Festin avec Emmanuel Morin

Un Sprinteur aux multiples Saveurs

  • vendredi 4 décembre 2020

À 25 ans, il vient de terminer sa deuxième saison chez les pros. Il s’est distingué en entrant dans deux top 10 d’étapes de la dernière Vuelta. On peut dire que se classer sixième d’un sprint massif et final d’un grand tour est de bonne augure pour la suite ! Avant de parler d’avenir, nous allons retracer à ses côtés le destin d’Emmanuel Morin, où le vélo a sa place depuis ses saisons chez les poussins.

 

Photo : Team Cofidis/Mathilde L’Azou

 

 

~ Introduction ~

« j’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. » Voltaire.

Le principal pour moi c’est avant tout d’être heureux et en bonne santé, alors cette citation résume parfaitement cet état d’esprit !

 

~ Les années BMX ~

J’ai commencé le BMX à l’âge de quatre ans. J’ai toujours été passionné par le motocross et déjà petit, je voulais en faire. Étant trop dangereux et très onéreux, mes parents ont trouvé le BMX comme alternative. J’en ai donc fait pendant 12/13 ans avec une pause de quatre ans, pour faire comme les copains : du foot !

J’ai vécu beaucoup de bons moments, que ce soit à l’entraînement ou pendant les compétitions. J’arrivais à être performant en Élite régionale et c’était déjà pas mal ! J’ai également pu participer au championnat d’Europe, sans prétention de résultats, mais c’était une très belle expérience d’évoluer à ce niveau-là.

Mais le BMX, pour moi c’est aussi des chutes (quatre traumatismes crâniens) et c’est d’ailleurs pour ça que je n’étais plus performant comme je le voulais. En 2014, j’ai lourdement chuté et j’ai perdu connaissance. Même encore aujourd’hui, mes souvenirs sont assez vagues. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai décidé de mettre un terme à ma « carrière » en BMX. Les résultats n’ayant pas atteint mes attentes, certainement à cause de l’appréhension de sauter qui s’est installée cette année là. À savoir que les sauts en BMX font parfois plus de 12 mètres de long pour être à 2/3 mètres du sol… .

 

Crédit : Gterviser

 

 

~ Départs gagnants sur la route ~

En juillet 2014, j’ai débuté la route en Pass cyclisme. J’ai vite gagné, trois courses de suite et je suis monté en 3e catégorie, toujours licencié dans mon club de BMX. Je courais donc avec un maillot neutre. J’ai ensuite fait mon début de saison en 3e catégorie et là encore, les résultats n’ont pas tardés à arriver. J’ai d’abord fini plusieurs fois dans les 10, puis j’ai enchaîné sur trois podiums, sans jamais réussir à mettre au fond. J’ai ensuite gagné trois courses en deux week-end, ce qui m’a envoyé en 2e catégorie au mois d’avril.

J’avais pour objectif de gagner le Championnat départemental 3e catégorie qui était le week-end suivant. La course était une 2e et 3e catégorie, j’ai quand même pu y participer, mais en 2e catégorie. J’ai rempli mon objectif en gagnant, mais le titre en 2e catégorie et en remportant le titre en 3e également avec un de mes coéquipiers. La course parfaite !

J’ai ensuite remporté trois autres courses en un mois, ce qui m’a valu de passer en première début mai. En Mai, je rejoignais la DN3 de Saint-Herblain grâce à ma montée en première catégorie. L’année et demi qui à suivi, j’ai pu découvrir le niveau première catégorie mais surtout élite et me confronter aux meilleurs coureurs de France. J’avais encore beaucoup de progrès à faire pour espérer m’imposer en Élite. Malgré des erreurs de débutant sur certaines courses, j’ai pu m’imposer à trois reprises sur des critériums en première catégorie.

 

Photo via Emmanuel Morin

 

 

~ En vert avec Sojasun espoir-ACNC ~

Arrivé à sojasun, j’ai découvert une superbe structure. J’ai pu être encadré dans ma préparation, partir en stage avec l’équipe etc. Une découverte du haut niveau, qui me semblait inaccessible il y a encore peu. J’ai débuté sur Les Plages Vendéennes, course qui me tenait à cœur car j’allais la voir étant plus jeune avec mon grand-père. C’est d’ailleurs grâce à lui que le vélo est devenu une passion. J’ai pu participer au Tour de Bretagne, Paris-Roubaix U23 et au Tour de l’Avenir. C’est lorsque j’ai levé les bras pour la première fois en Élite que j’ai réalisé que je voulais essayer de passer pro, avant ça ne m’avait pas traversé l’esprit.

La course qui a marqué ma première année à Sojasun est la Manche Atlantique. J’ai abandonné en arrivant sur le circuit et je me suis dit : « celui qui va gagner ici, c’est un champion, c’est impossible pour moi ». La saison suivante, j’ai changé d’entraîneur et dès notre première rencontre, il m’a dit : « tu vas gagner la Manche Atlantique ». J’étais abasourdi et je savais pertinemment que ce n’était pas pour moi.

J’ai travaillé dur tout l’hiver et dès Les Plages Vendéennes j’étais présent, toujours dans les cinq premiers mais toujours sans gagner. Le week-end suivant, je m’impose sur la Route Bretonne et ça a été comme une révélation pour moi. J’ai ensuite gagné La Manche Atlantique, à ma grande surprise. Mon entraîneur ne s’était pas trompé !
S’en est suivi une belle saison qui m’a permis d’être stagiaire chez Cofidis et ensuite de passer pro.

Pour la petite anecdote, elle date de cette année, avec Maël Guégan. J’étais en stage du côté de Nice et lui habitant la région, nous avons fait plusieurs sorties ensemble. Sur l’une d’entres elles, nous avons fait un test de 20 minutes dans le col de la Madone. Après avoir fait ce test, nous avons continué à rouler ensemble et on s’était tellement fait mal pendant le test qu’on était plus lucide. Si peu lucide qu’on s’est accroché à quelques mètres du sommet du col, et on a fini tous les deux par terre, sans se blesser heureusement ! En y repensant, on en rigole aujourd’hui mais sur le coup, on s’est fait peur quand même !

 

Tweet de Maël Guégan

 

 

~ Ma première année chez les pros ~

J’ai pris mon passage chez les pros comme une délivrance car je savais qu’à 24 ans, c’était l’année ou jamais. Ma première année m’a rassurée sur le plan physique même si je savais qu’il y avait encore du travail à accomplir avant d’être vraiment performant ! Malheureusement, j’ai énormément chuté et ça m’a empêché de faire une belle saison. Fort heureusement, j’ai réussi à vite tourner la page, même en finissant la saison sur une blessure.

 

~ Une deuxième saison pas si masquée ! ~

Ma deuxième saison s’est nettement mieux passée. Dès le début j’étais présent, notamment sur la Tropicale Amissa bongo, puis en rentrant en France. J’avais bien préparé les classiques : Tour des Flandres et Paris-Roubaix notamment quand le premier confinement a débuté. Les premiers jours ont été assez compliqués, je n’arrivais pas à prendre de recul sur la situation. Ensuite, j’ai réussi à me poser et faire le point.

À partir de ce moment là, j’ai trouvé une routine d’entraînement, ce qui m’a permis de ne rien perdre et même de passer un cap sur home-trainer, notamment grâce aux courses avec Zwift. C’est aussi intense qu’un cyclo-cross mais parfois, ça peut durer jusqu’à 2h30 !

Après le confinement, je suis parti en stage en altitude, chose que je n’avais jamais faite. Je ne savais pas comment mon corps allait assimiler le travail en hypoxie alors j’appréhendais un peu. Finalement, ça a été très bénéfique aussi physiquement que mentalement. La montagne m’a permis de bosser correctement et d’être « apaisé ». C’est le travail pour le corps mais le repos pour l’esprit.

Ensuite, je suis reparti en stage à Nice, où j’ai notamment roulé avec Maël Guégan, c’était vraiment sympa de sillonner les routes niçoises avec lui ! J’ai repris à courir et j’ai tout de suite vu que le travail avait payé alors j’ai pu faire mes premiers résultats, jusqu’à faire mon premier grand tour en fin d’année.

 

~ Zoom sur la Vuelta 2020 ~

Faire un grand tour alors que six ans auparavant je ne faisais pas de vélo de route, c’est quelque chose d’assez fou. Impensable même ! L’ambiance dans l’équipe était super bonne, notamment avec Guillaume Martin, Pierre Luc Périchon et Victor Lafay. Pendant la Vuelta, tout a été mis en œuvre pour que l’on soit en sécurité vis-à-vis du Covid. Nous avons été testés quatre fois !

Même si le public n’était pas présent, c’était quand même quelque chose de fou. Les étapes étaient assez tard et lorsque l’on finissait la course au sommet, nous avions généralement droit à des couchés de soleil magnifiques ! De plus, nous avons traversé l’Espagne alors les paysages ont vraiment été variés ! Les bords de mer, les petites routes au milieu des montagnes, les cols au milieu des arbres ou au contraire totalement à découvert. C’était magique !

 

Photo via la Team Cofidis/Emmanuel Morin

 

~ Sprinteur au plus haut niveau ~

On a fait du gros boulot autour de Guillaume, ce qui lui a permis de faire une grosse Vuelta, notamment en allant conquérir avec succès le maillot de meilleur grimpeur. Pouvoir être utile à un grimpeur, même lorsque la route s’élève, pour un sprinteur c’est vraiment motivant et surtout rassurant sur mon état de forme. Mais la chose qui m’a le plus marqué, c’est lorsque Guillaume m’a protégé sur la première étape qui est arrivée au sprint. Il allait chercher des bidons et me protégeait parfaitement, jusqu’à 4/5 kilomètres de l’arrivée. Forcément après ça te donne des ailes sur le vélo et tout devient plus fluide dans ta tête.

Lors des sprints, j’ai pu énormément apprendre même si je n’en ai fait que trois. C’était un apprentissage très accéléré. Sur cette Vuelta, j’ai passé un énorme cap, aussi physique que mental et je pense que j’ai repoussé mes limites plus loin que je ne l’imaginais.

 

~ Trêve hivernale ~

Le début du deuxième confinement je l’ai vécu au Tour d’Espagne donc je ne m’en suis pas rendu compte. Là ce qui change avec les autres années, c’est que je ne peux pas profiter de la coupure pour voir ma famille et mes proches. Désormais j’ai repris le sport donc les journées vont passer vite et seront bien remplies !

Au niveau de l’alimentation, j’en profite pour me faire plaisir et cuisiner des choses que j’aime et que je ne peux pas forcément manger en période de courses.

 

~ En préparation pour l’Avenir ~

Mon ambition première est de faire carrière car dans ce milieu, rien n’est jamais acquis. Pour 2021, j’espère confirmer ma saison 2020. Lever les bras également et pourquoi pas participer au Tour de France !

 

Sur les routes de la Vuelta 2020 – Crédit : Charpy Lopez

 

 

Merci à Emmanuel Morin pour nous avoir conté son histoire le temps d’un mets. Nous te souhaitons une belle trêve hivernale et surtout d’atteindre tes objectifs en levant les bras ! Pour suivre ses aventures, rendez-vous sur sa page Facebook ainsi que son compte Instagram.

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.