Florian Hudry se diversifie

Coureur et Fondateur globe-trotter

  • dimanche 13 décembre 2020

Tandis que de nombreux coureurs suivent un parcours classique, Florian Hudry, lui fait rarement comme tout le monde. Il est souvent là où on ne l’attend pas !

Sa saison 2020 avec la team Cambodia Cycling Academy s’étant terminée à peine commencée, il a su rebondir, transformer les circonstances en belles opportunités… jusqu’à créer en parallèle à sa carrière sa propre activité. Que nous réserve-t-il pour 2021 ? Dans ce mets, il va nous le dévoiler.

 

Photo via Cambodia Cycling Academy

 

  • Bonjour Florian, 2020 était pour toi ta quatrième saison dans les pelotons professionnels. Peux-tu nous résumer cette année si particulière ?

Après une saison 2019 très réussie tant sur le plan personnel que collectif où j’ai notamment effectué 81 jours de courses ; des top 20 aux classements généraux en classe 1 sur le Tour du Japon, Tour de Thaïlande dont une 5ème place d’étape et un prix de meilleur combatif… . Ainsi que de nombreux résultats collectifs : vainqueur d’étape sur le Tour du Japon (Pablo Tores), Tour de Qinghai Lake (Hernan Aguirre), victoire du classement général du Tour de Guadeloupe (Adrien Guillonnet). J’étais donc très motivé en voulant aborder la saison 2020 sur la même lancée.

De ce fait, dès la reprise sur le vélo en décembre, pour bénéficier de conditions d’entraînement optimales, je pars en stage personnel avec mon ami Victor Langellotti (Burgos BH) et la légende et très sympathique Davide Rebellin.

 

Florian Hudry et Davide Rebellin – Photo : Victor Langellotti.

 

 

Pour 2020, je débutais la saison très tôt, sur La Cambodia Bay Cycling (UCI 2.2) du 3 au 6 janvier puis j’enchaînais directement avec l’ouverture du calendrier français aux cotés des équipes World Tour sur le GP La Marseillaise (UCI 1.1) fin janvier et l’Étoile de Bessèges (UCI 2.1) début février. Je me devais donc d’être en forme très tôt.

Les kilomètres s’enchaînent et les sensations reviennent très vite. J’effectue mes premières intensités dans les cols à me tirer la bourre avec Davide Rebellin. Nous cumulons des semaines à plus de 30 heures de vélo. Quelques jours avant de rentrer en France pour les fêtes de fin d’années, j’étais plutôt confiant pour ma reprise de la compétition deux semaines plus tard à l’autre bout du monde en Asie.

Mais la veille de quitter l’île espagnole, lors d’un exercice de force je ressens une douleur dans le genou gauche. Tout de suite, j’écourte mon entraînement et me dis qu’avec quelques jours de repos tout devrais rentrer dans l’ordre. Seconde alerte le lendemain, simplement assis dans l’avion je sentais mon genoux qui me tirait… Ayant déjà eu ce genre de tendinite dans le passé (fascia latta) et savant que cela peut mettre plusieurs semaines avant de guérir, j’ai commencé à m’inquiéter. Je décide donc en accord avec mon staff médical de poser le vélo quelques jours et de garder une activité physique en pratiquant du ski de randonnée qui sollicite un peu moins d’angle au niveau du genou.

C’est ainsi que le soir de la Saint Sylvestre, je m’envole pour le Cambodge. Pour la petite anecdote, j’aurais passé le changement d’année dans le ciel quelque part entre Genève et Bangkok, en ayant juste deux heures de home-trainer à moins de 200 watts dans les jambes la semaine précédente.

Arrivé à Phnom Pehn la capitale du Cambodge, je retrouve mon équipe et nous partons en direction de la frontière avec la Thaïlande, lieu du départ de la première étape. J’aborde mon premier entraînement au Cambodge avec un peu d’appréhension n’ayant pas roulé sur la route depuis plus de dix jours. Heureusement, en y allant progressivement aucune douleur n’apparaît, ce qui me rassure en vue de la course qui débute le lendemain.

La Cambodia Bay Cycling 2020 est la première course professionnelle de l’histoire au Cambodge. Le parcours longe le golfe de Thaïlande jusqu’à la frontière vietnamienne. Elle est composée d’une première étape vallonnée puis d’une étape plate avec une arrivée au sommet après plus de 25 kilomètres d’ascension et d’une dernière étape plate.

Il n’y a pas de miracle ; après quasiment quinze jours sans vraiment toucher le vélo, je ne peux clairement pas m’exprimer comme je le voudrais mais j’arrive tout de même à faire le travail pour mes coéquipiers et à finir la course correctement en ayant déjà en tête le Grand Prix la Marseillaise et l’Étoile de Bessèges trois semaines plus tard.

 

 

Une fois la course terminée, je regagne la capitale avec mon équipe qui a une base dans ce pays pour y enchaîner un stage de dix jours. Il fait très chaud à cette période de l’année et nous sommes obligés de partir à l’entraînement vers cinq heures du matin pour être de retour avant dix heures, où la chaleur devient écrasante.

Le retour en France sera encore une fois délicat pour mon genou, alors que sous la chaleur cambodgienne j’avais globalement pu rouler sans trop de mal. Le retour dans le froid n’arrangea pas les choses. Je dû sans cesse composer avec mon problème de genou en adaptant mes entraînements au jour le jour avec mon entraîneur Emilio Corbex jusqu’aux premières courses françaises.

Alors que la majorité du peloton international aborde les premières courses le couteau entre les dents tout juste sorti de stages en Espagne en ayant cumulé les heures d’entraînements, je me retrouve pour ma part au départ du Grand Prix La Marseillaise dans une forme loin d’être optimale. De plus, ayant reçu mon nouveau vélo seulement deux jours avant la course sans avoir vraiment fini de peaufiner les réglages, cela ne me facilitera pas la tâche… Mais c’est ainsi et il faudra composer avec !

Je parviens tant bien que mal à basculer le col de l’Espigoulier dans le peloton mais arrivé sur la route des Crêtes au dessus de La Ciotat, alors que je subissais déjà la course depuis de nombreux kilomètres, je fus obligé de mettre pied à terre. Toujours décevant d’abandonner une course mais au vue de ma condition, je suis finalement plutôt satisfait d’être arrivé jusque-là ! Le point positif étant que je n’ai ressenti aucune douleur pendant la course !

 

Au cœur du peloton. Photo via Florian H.

 

Trois jours plus tard, j’étais déjà de retour à la compétition sur la première course à étapes française de la saison. Course importante pour mes dirigeants car la base française de mon équipe se situe à Alès dans le Gard, territoire de l’Étoile de Bessèges. Malgré mon état de forme, mon directeur sportif décide tout de même de m’aligner au départ ; content mais pas entièrement rassuré pour autant ! Surtout en regardant la météo la veille de la première étape aux alentours de Nîmes avec des rafales de vent à plus de 70 km/h annoncé.

Je m’attendais à une grosse course de bordures et je ne me suis pas trompé ! Dès les premiers changements de direction, le peloton passe de 35km/h vent de face à plus de 80km/h vent de dos, très vite les bordures se forment. Pas vraiment mon terrain de prédilection mais grâce à mon expérience, je parviens à me placer correctement et à limiter les dégâts. Je savais que je si je passais cette étape, les trois suivantes seraient plus à ma convenance.

Finalement, je fus bien au départ du chrono final dans les rues d’Alès trois étapes plus tard après encore une fois avoir reçu mon vélo de chrono le matin-même de l’épreuve. Un résultat final très médiocre sur le papier mais une petite victoire personnelle de finir l’épreuve dans de telles conditions.

 

Interview pour La Chaine L’Equipe lors de l’Etoile de Bessèges. Photo via Florian H.

 

 

Après ce début de campagne française dans le Sud de la France, je retrouve mes montagnes des Menuires où je vis pour me ressourcer quelques jours avant de repartir pour le GP d’Antalya en Turquie. N’ayant toujours pas retrouvé pleinement mes moyens je termine cette course, qui se finit en sprint massif bien au chaud au sein du peloton.

Sans le savoir ce fut ma dernière course de la saison… . 2020 se résumera donc avec seulement dix jours de courses dont un abandon et des résultats bien en dessous de mes espérances à cause d’un genou capricieux.

Par la suite de divers évènements, je suis obligé de mettre un terme prématurément à ma saison qui n’aura jamais réellement pu débuter.

 

Le genoux douloureux de Florian Hudry (Photo).

 

 

  • Qu’as-tu donc fait le reste de la saison ?

Du vélo pour changer ! Non, j’ai en effet posé le vélo mais je suis tout de même resté dans le milieu. J’ai travaillé dès début août en tant qu’assistant directeur sportif. J’ai notamment effectué des vacations pour l’équipe suisse Akros Thomus sur le Tour de Savoie Mont-Blanc ou encore pour l’équipe allemande Bike Aid sur une course en Pologne.

Cela m’a permis de prendre beaucoup de recul. En étant coureur, on ne se rend pas forcément compte de l’importance du travail du staff ! En étant coureurs, nous sommes vraiment privilégiés ! Nous avons juste à pédaler et le reste du temps on se repose à l’hôtel, massages et repas sont nos seules activités.

En tant que staff, je me levais parfois à 6h00 du matin et ne me couchait pas avant 23h00. J’ai également conduit des véhicules de la frontière française jusqu’à Varsovie au centre de la Pologne en traversant l’Allemagne d’une seule traite. Alors qu’en étant coureur, on passe notre temps dans l’avion. (J’ai 500 heures et plus de 60 vols ces trois dernières années).

 

Florian Hudry (photos) est multi-tâches !

 

  • On t’a également aperçu sur le Tour de France !

Oui en effet, j’ai fait l’intégralité des trois semaines de course en travaillant pour ASO (organisateur du Tour de France). J’étais responsable du démontage des aires d’arrivées. Une superbe expérience mais je dois avouer que les premiers jours n’ont pas été faciles mentalement… Je voyais des cyclistes avec qui je courrais encore quelques mois auparavant sur le vélo et moi j’étais de l’autre côté de la barrière… . C’était plutôt frustrant, l’envie de participer à la course était vraiment présente !

Puis je me suis concentré à fond sur mon travail et j’ai découvert un autre univers et des personnes formidables. Tout s’est finalement très bien déroulé. J’avais des collègues exceptionnels !

 

Photo via Florian H.

 

 

  • Tu es ensuite monté en grade lors de la Vuelta Guatemala ?

Oui, on peut dire ça comme ça ! En effet pour la première fois j’étais directeur sportif, avec l’équipe de France de la Défense. La Vuelta Guatemala (UCI 2.2) est une course qui se déroule sur dix jours en dix étapes aux profils très montagneux, dans des paysages magnifiques et avec un public exceptionnel.

En plus des soucis de logistique (les vélos ne sont pas arrivés pour la course) il a fallu gérer pas mal de choses extérieures à la course mais tout s’est globalement bien passé. Suite à l’annonce du confinement le 1er novembre, j’ai d’ailleurs prolongé mon séjour quinze jours de plus en mode vacances. J’ai escaladé plusieurs volcans dont le plus haut sommet d’Amérique centrale, le Tajumulco qui culmine à 4220 mètres d’altitude. J’aurais donc passé au total un mois au Guatemala.

 

– Souvenirs du Guatemala par Florian Hudry –

 

 

  • Et maintenant 2021 ? Le vélo pour toi, c’est donc définitivement fini ?

Suite à cette saison plutôt compliquée, je ne savais pas vraiment si j’allais reprendre le vélo pour 2021. Les équipes vivent grâce au budget marketing de grosses entreprises. En ces temps de crise, il est bien plus important pour les entreprises d’essayer de survivre et sauver des emplois plutôt que d’injecter de l’argent dans des partenariats avec des équipes de vélo.

Je pensais donc qu’avec mes résultats médiocres de cette saison, il me serait très difficile de trouver un contrat. À vrai dire, je n’ai même pas cherché à trouver un contrat pour 2021. Cependant, en octobre, à ma grande surprise, j’ai été contacté par plusieurs équipes, d’ailleurs encore il y a quelques jours un manager m’a appelé… J’ai bien réfléchi et finalement, j’ai signé !

Je serai donc toujours cycliste professionnel en 2021 ! Je me suis engagé avec la nouvelle équipe continentale canadienne : « 4Mind Project » pour une durée de un an. Le programme n’est pas encore totalement défini mais pour ma part, je ne devrai pas débuter la saison avant le mois d’avril. Je les remercie d’ailleurs de m’accorder leur confiance.

 

  • En parallèle tu as récemment décidé de créer ta propre agence d’évènementiel ! Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui c’est officiel depuis quelques jours, j’ai créé avec mon associé Yves Duchêne mon agence d’évènementiel : Florian Hudry Cycling Project.

Comme je viens de le dire, le monde du vélo est tout de même assez dépendant des différents partenaires et à mon échelle (3ème division mondiale) cela reste encore assez précaire. J’ai la chance d’être bien entouré de partenaires solides et passionnés mais j’ai décidé de prendre de l’avance et de m’assurer un avenir au cas où ma carrière s’arrêterait.

Depuis toujours, je savais au fond de moi que je monterai une affaire un jour. Ce jour est venu ! C’est le fruit d’une longue réflexion, et c’est tout naturellement que je me suis tourné dans le milieu du vélo, domaine que je maîtrise le plus. Je profite de mon expérience à l’international dans différentes équipes étrangères, riche de plus de 160 participations à des courses UCI sur les cinq continents et de mon diplôme d’école de commerce obtenu récemment à l’INSEEC Alpes-Savoie pour mettre en application sur le terrain.

De plus j’ai décidé de m’associer à l’expérimenté Yves Duchêne (59 ans, PDG D’euro 3 Vallées propreté et ex président du Guidon d’Or La Léchère) avec qui je suis très proche depuis plus de dix ans. C’est lui qui m’a mis sur un vélo et m’a entraîné jusqu’à mes années Espoir et mon passage en DN1. Par la suite nous sommes toujours restés en contact ; il a d’ailleurs été mon partenaire financier pendant plusieurs années par l’intermédiaire de ces différentes sociétés.

Son expérience dans l’organisation de courses cyclistes et de chef d’entreprise m’apporte beaucoup. Nous sommes très complémentaires, ce qui nous permet d’avancer très vite.

Pour commencer, nous allons organiser des courses de vélo pour amateurs mais le projet est à plus long terme plus global. Nous nous sommes lancés il y a très peu de temps et nous sommes heureux que malgré la crise sanitaire, déjà beaucoup de partenaires nous fassent confiance. Je reçois également de nombreux soutiens, notamment les précieux conseils de mon ami Vincent Chatellet (PDG de Blackowl Event) ce qui nous pousse à nous surpasser !

Comme sur un vélo, je suis très motivé et je travaille déjà dur au développement de notre projet !

 

Logo de la nouvelle start up

 

Merci et bravo à Florian Hudry pour cette drôle d’année, qui finalement aura été très réussie ! Pour en savoir plus à propos de son nouveau projet, restez connectés… et gourmands comme Florian !

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.