François Lamiraud, passionné toujours à 50.844 km/h

De la piste à l'organisation d'un stage de vélo de chrono

  • vendredi 28 avril 2017
  • Bonjour François, et bienvenue Au bon dossard ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que tu as un sacré parcours dans le milieu du vélo ! En remontant le temps, peux-tu le retracer pour nous en indiquant les moments clés de tes différentes carrières autour du cyclisme ?

Bonjour, merci pour votre accueil chaleureux. J’espère avoir tiré le bon numéro de dossard ?

J’ai débuté le cyclisme en minime à Vineuil Sports, un club du Loir-et-Cher. J’ai eu la chance d’être encadré par de bons éducateurs qui m’ont appris les rudiments et fait pratiquer la route, la piste et le cyclo-cross. Je sais que je leur dois beaucoup car quand on commence le vélo, c’est vraiment dur de rester motivé tant ce sport est exigeant, souvent ingrat.

C’est en junior que je me suis révélé, ce qui m’a permis d’intégrer à 18 ans le Pôle Espoir de Saint-Etienne, dirigé par Dominique Garde. J’ai énormément progressé à son contact tout en continuant des études, puis en travaillant à ses côtés. J’ai gagné des courses sur tous les terrains, sauf dans les grands cols, à cause de mes gros mollets… Si je ne devais retenir que deux victoires marquantes, ce serait une étape au Tour du Loir-et-Cher en 2010 et le Grand Prix de Saint-Etienne en 2013.

  • Ton principal exploit est bien sûr le record de l’heure : 50.844 kilomètres, qui est aussi la meilleure performance mondiale chez les amateurs ! C’était il y a deux ans déjà. Avec le recul, comment décris-tu cette heure si particulière ?

C’est un souvenir extraordinaire. Je me suis attaqué à un mythe. Je suis très humble et respectueux envers l’Heure, c’est pourquoi je l’écris toujours avec un H majuscule. Une heure, c’est à la fois court et long. Je n’ai plus beaucoup de souvenirs, tout est passé trop vite, je sais juste que j’ai eu très mal.

Ce 20 septembre 2015, j’ai réalisé mon rêve entouré de ma famille et de mon staff, sur la plus belle piste du Monde. Cette année 2015 est chargée d’émotions et, finalement, la performance est presque anecdotique. Mes meilleurs souvenirs sont les moments de complicité vécus avec mon staff lors de ma préparation et l’expérience acquise sur une saison. J’ai plus appris en une année qu’en dix ans de carrière. Nous avons tout remis en cause afin d’optimiser le physique, le matériel, la position, la nutrition, le mental… C’était génial !

  • Tu as ensuite publié un livre intitulé « Mon Heure de gloire » aux Éditions de Phénicie. Peux-tu nous en faire un résumé ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ce livre ?

Ce livre n’est pas arrivé par hasard. Arrêter sa carrière a été un moment délicat dans ma vie, je me suis trouvé à la croisée des chemins. Dans cet ouvrage de près de 200 pages, je reviens sur l’aventure de mes records de l’Heure, bien sûr. J’ai aussi ressenti le besoin de partager des expériences, des joies, des déceptions, des réflexions, des anecdotes et certains aspects de ma vie dont j’ai rarement parlé. Il s’adresse à tous les amoureux du vélo, du sport et aux jeunes cyclistes. Ce livre a, en quelque sorte, permis de prolonger ma carrière de quelques mois… Il est préfacé par Graeme Obree, génie des années 90, multiple recordman du Monde de l’Heure.

  • Depuis que tu as réalisé ce record, est-ce que l’on peut dire que ta vie a changé ?

Ma vie n’a pas changé, à part que j’ai pris de la maturité et découvert davantage de moi-même. Ma performance m’a ouvert quelques portes comme Eurosport avec qui j’ai la chance de pouvoir commenter les épreuves sur piste. J’ai eu quelques belles opportunités mais je ne suis pas devenu riche en battant ce record.

  • Envisages-tu d’essayer à nouveau de battre ta propre performance ?

Ce n’est pas au programme des prochains mois, non… J’apprécie de rouler sans me faire trop mal aux jambes et de manger des bonbons devant un bon film. Je suis passé de l’autre côté de la barrière et même si parfois j’aimerais revivre les émotions de la victoire ou la belle vie de coureur cycliste, je sais encore plus maintenant que le vélo est un sport extrêmement dur et exigeant.

  • Parallèlement à cela, tu dois aussi te battre en dehors du vélo ; tu es atteint d’une maladie auto-immune : la spondylarthrite ankylosante. Quels en sont les symptômes ? Ressens-tu des contraintes au quotidien ?

On m’a diagnostiqué cette maladie en 2008 alors que j’étais en pleine force de l’âge. J’ai dû poser le vélo pendant dix mois. Je souffrais au niveau des articulations, particulièrement au niveau vertébral mais pas seulement. Je ne pouvais plus marcher, j’étais handicapé. Heureusement, le rhumatologue a rapidement trouvé un traitement efficace (un anti-tnf) pour ralentir l’évolution de la maladie et me soulager. J’ai pu alors mener de front le haut niveau et la spondylarthrite ; j’ai beaucoup de chance car je reçois régulièrement des messages de malades m’expliquant qu’aucun traitement ne leur est efficace.

  • L’an passé, tu as commenté pour Eurosport les épreuves de piste. On en déduit que tu t’es trouvé une nouvelle continuité, une vocation ?

J’adore ce métier. J’ai débuté en commentant le record de l’Heure de Bradley Wiggins en juin 2015 avec Guillaume Di Grazia, puis les Championnats d’Europe et plusieurs Six Jours. J’espère être de la partie en août prochain pour les Championnats de France sur piste à Hyères. Je coache quelques coureurs susceptibles d’y participer, ça serait fun de pouvoir commenter leurs courses !

  • Du 12 au 14 mai prochain, tu organises un stage de perfectionnement en contre-la-montre avec Velo2max. D’où t’es venue cette idée ?  

J’ai envie de mettre mon expérience des épreuves chronométrées au service des cyclosportifs et des compétiteurs souhaitant progresser dans ce domaine. Ce stage permettra d’aborder différents thèmes comme l’échauffement, l’entraînement, la gestion de l’effort, la nutrition et de répondre aux nombreuses questions que se posent les cyclistes à propos de cet effort difficile à apprivoiser. Plusieurs tests physiques sont prévus ainsi qu’une séance derrière une moto aménagée spécialement pour les cyclistes.

Il nous reste deux places, pas plus, car nous avons limité le nombre d’inscrits pour pouvoir travailler qualitativement. Nous avons choisi Montrond-les-Bains dans la Loire pour ses routes propices et la proximité avec le centre de balnéothérapie.

Ensuite, j’enchaînerai avec l’encadrement d’un stage VTT à Super-Besse… J’ai découvert cette discipline où je me sens davantage en sécurité que sur la route. Je me régale !

  • Quels sont tes projets pour les mois et les années à venir ?

Je prépare actuellement le concours de professorat de sport. J’aimerais être au contact des athlètes de l’équipe de France. J’encadre de temps en temps l’équipe régionale Auvergne-Rhône-Alpes, j’apprécie de m’occuper des cadets et juniors, souvent plus à l’écoute que les grands et plus fougueux. C’est passionnant.

  • Un grand merci et bravo à toi pour tout ce que tu accomplis et apporte au monde de la Petite Reine. On te souhaite beaucoup de réussite pour la suite !

Crédit photos : Agence ZOOM / Michel Cottin – Céline Combier / YPMedias

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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