La Gazette de Lucas Papillon – Étape 2

Étape 2 - Entre Satisfaction et Ambition

  • mardi 9 juin 2015

Lors de la conclusion du premier épisode de sa Gazette, Lucas Papillon, coureur de 21 ans au CR4C Roanne, espérait que le deuxième volet serait riche en bonnes nouvelles. Nous pouvons le féliciter car c’est bel et bien le cas ! Retour sur son mois de mai où il a côtoyé des sommets.

 Bonjour Lucas, si tu devais décrire ton état d’esprit en un mot, ou une phrase, que dirais- tu ?

« J’ai les crocs » ! Je m’explique ; ce mois-ci a apporté de la satisfaction et nourri de l’ambition. La satisfaction me donne plus de sérénité que d’habitude. Mais je ne suis pas du genre à me satisfaire, et cela me donne donc un état d’esprit travailleur pour la suite… Là, j’en veux !

  • Comment s’est passé ton mois de mai ?

Ce fut un bon mois de Mai ! Commencé par un bloc d’entraînements, la première course (le Grand Prix Serra-Delorme) fut frustrante puisque j’avais intégré la bonne échappée et que je me sentais capable d’aller chercher un gros résultat quand à la mi-course, j’ai crevé alors que le peloton avait fait un rapproché. Le temps de repartir, celui-ci arrivait sur moi et cela en été donc terminé de tout espoir de bien figurer.

Par la suite, j’ai couru sur le Tour du Chablais, course montagneuse bien dans mes cordes. Le premier jour, j’arrive dans un contre à quelques encablures d’une échappée. Le général était encore serré et j’avais vraiment eu chaud ce jour-là car à mi-course, j’étais piégé dans le deuxième peloton ! Heureusement, j’avais su rentrer sur le premier, puis, sur le devant de la course, dans l’avant dernier col au grès d’un gros effort.

Le lendemain, le contre-la-montre du matin fut moyen on va dire. Je ne suis pas un spécialiste et je ne prétends pas à briller sur ce genre d’épreuve, le but y est surtout de faire un chrono correct avec des écarts minimes.

L’après-midi était l’étape que j’avais coché avec le col du Corbier comme juge de paix. Ayant de bonnes qualités d’endurance et de récupération, les demies-étapes sont des courses que j’affectionne. J’avais de très bonnes jambes. Manque de chance, à environ trois kilomètres du pied du Corbier je crève ! Le temps de changer de roue et de repartir je me suis retrouvé au début de l’ascension sans avoir encore réintégré le peloton. J’ai réalisé une belle montée en doublant 60 ou 70 coureurs. J’ai terminé à la 17ème place de l’étape alors que j’étais distancé du peloton sur ennui mécanique, à plus d’une minute, au pied du dernier col. Ce jour-là, je pense vraiment que j’avais le top 5 de l’étape voir mieux dans les jambes. Cela reste vraiment une grosse frustration !

La semaine d’après, deux courses étaient au programme. Le jeudi, je courrais en Auvergne où assez tôt nous partons à six. Une échappée où un club avait trois de ses coureurs, qui décidèrent de ne pas collaborer pour attaquer tour à tour. Ce fut dès lors compliqué de les contenir et deux hommes sont parvenus à prendre le large dans le final. Je pensais finir sur le podium en guise de consolation, mais c’était sans compter sur un contre qui me repris dans le final. J’en fini donc 8ème.

Trois jours plus tard, je courrais dans la Bresse. Course plate où je voulais essentiellement faire des efforts utiles en vue de la semaine suivante à la Ronde de l’Isard, et surtout aider l’équipe qui serait celle présente à mes côtés sur ce tour. Ce fut chose faite, une bonne journée, une échappée avec un de mes coéquipier devant. Puis j’ai emmené le sprint aux autres pour aller récupérer les places d’honneurs derrière.

  • Et la course la plus importante du mois ?

C’était donc la Ronde de l’Isard, course de classe 2 (professionnel) international Espoir. Quatre étapes dans les Pyrénées avec quelques beaux cols à gravir !

Dès le premier jour, une arrivée au sommet nous attendait. Si le vent s’invita à la fête et permis un joli coup de bordure en début d’étape, c’est finalement groupé qu’un peloton encore conséquent se présenta au pied. Je m’y sentais très bien et avec surprise, nous nous retrouvons très vite en petit comité. Un italien mis une attaque décisive assez tôt, qui décanta les positions. J’ai fait pour ma part toute la dernière partie du col dans un petit groupe de quatre, juste derrière l’italien, et deux autres coureurs. Je fini 8ème de l’étape, la journée avait été bonne et j’avais amorcé une bonne place au général avec des écarts restants minimes avec les premiers.

Le lendemain était la plus belle étape avec l’arrivée en altitude au mythique plateau de Beille. La vallée fut monotone avec une échappée et un tempo des italiens. J’ai passé cette partie très bien encadré par mes équipiers (Paul Sauvage, Thomas Lassaigne et Teddy Rascle).

Un premier col juste avant le plateau de Beille commença la sélection plus par sa descente dangereuse que sa montée au tempo. Ce fut le scenario parfait pour moi, puisque en passant au sommet nous récupérons Valentin Deverchere, présent dans l’échappée matinale et qui a pu me faire un point d’appui.

Au pied de l’ultime montée, je suis parti avec Jérémy Maison (CC Etupes), qui sera le vainqueur du jour. Cela aurait pu marcher mais à 10 kilomètres du sommet, le groupe maillot jaune très diminué nous reprend. Quand Maison repart, je n’y crois pas et décide de ne pas y aller ce coup-ci. Erreur puisque celui ci ne sera jamais revu. Néanmoins, je comptais bien aller cherche un gros résultat. Chose faite puisque au gré des attaques nous nous retrouvons vite qu’une poignée de favoris. Je termine au sommet 5ème de l’étape. Le plaisir pris fut grandiose et accentué quand j’ai appris que les écarts ont été creusés avec mes rivaux, me projetant alors dans le top 5 du général.

Le troisième jour correspondait à une étape de transition. La journée fut tranquille, bien encadrée par l’équipe. Je les en remercie profondément d’ailleurs ! Leur aide fut inestimable pour acquérir ces bons résultats. J’étais d’ailleurs extrêmement content que Valentin Deverchere, coéquipier me faisans l’appuie la veille, y fasse un gros résultat en allant prendre la 4ème place de l’étape en provoquant même l’échappée du jour.

La dernière étape comportait trois cols et laissait encore tout envisager. Je voulais maintenir mon top 5 et si possible l’améliorer. Après un départ et un premier col, une échappée est partie avec pour ma part Teddy et Paul. Ce fut dans le deuxième col que les premières attaques eurent lieux où dès la mi-chemin, nous nous retrouvons à vingt éléments. Les attaques ne cessèrent jusqu’au sommet mais l’équipe italienne, très présente, réussi à cadenasser. Pour ma part, j’y récupère Teddy qui me fit un excellent renfort pour assurer les derniers kilomètres d’ascension. Une descente rapide, une vallée au tempo italien et c’était déjà le dernier col. Dès le pied, le groupe maillot jaune explosa. Je pris quelques distances mais l’arrivée n’étant pas au sommet, l’essentiel était de rester à portée de fusil des favoris. Chose faite avec une ascension gérée permettant d’être à la bascule, à quelques poignées de secondes de ceux-ci. J’y récupère Paul qui me fit l’entame de la descente avant de faire un joli tout droit, mais il me lança dans la dynamique. Finalement c’est en faisant l’effort dans la vallée que je rentre à l’avant et nous nous retrouvons de nouveau les premiers du général réunis pour franchir la ligne.

J’ai su conserver mon top 5 au général. C’était un excellent moment à l’arrivée, d’autant que l’on apprenait que Paul raflait le maillot à pois, après avoir passé les deux premiers cols du jour en tête. Idem que pour Valentin la veille, j’étais extrêmement heureux qu’il puisse y décrocher un gros résultat personnel tout en ayant pu m’épauler sur ces quatre jours.

Objectif atteint donc ! Cette performance concrétisée, sur une course de classe 2 international Espoir est une réelle satisfaction. D’autant plus que cette belle performance m’ouvre les portes de l’équipe de France Espoir pour le Tour de Pays de Savoie, course de classe 2 se déroulant dans les Alpes fin juin.

  • Entre deux épreuves, il y a aussi beaucoup de kilomètres à faire en voiture… Comment gérer ça ?

C’est vrai que quand on est pas sur les routes à vélo, on l’est en voiture. Heureusement ces déplacements se font toujours en équipe, donc le temps passe plus vite en discutant.

Sur les courses d’un jour, il y a rarement des temps de trajets très long, donc ça passe assez vite. Pour les courses à étapes, les transferts peuvent être importants et l’impact beaucoup moins négligeable car il faut penser à sa récupération. Certain dorment, ça règle le problème. Moi j’ai du mal. En général, on refait souvent la course avec les coéquipiers, puis les classements du jour sont publiés donc c’est l’occasion d’analyser ça de plus près. J’en profite aussi pour faire un tour sur l’actualité des réseaux sociaux, appeler mon entraîneur au besoin ou mes parents qui sont toujours un peu tendus quand je cours, ça occupe un temps. J‘ai toujours ma bouteille pour boire, une collation si je n’ai pas eu le temps de la prendre après l’arrivée.

En camion, on a plus d’espace, j’en profite souvent pour mettre les jambes en l’air afin d’optimiser le retour sanguin également.

  • Comment vis-tu le fait de devoir changer d’hébergement aussi souvent ?

J’adore ça. Le cyclisme est un sport qui permet de voyager. C’est un avantage à mes yeux voir même une partie de ce sport qui fait que je l’aime tant. On n’a pas le temps de visiter bien sûr. Mais le contexte, l’atmosphère des lieux nous imprègne toujours un peu quand même.. J’arrive à profiter de chaque coin par lequel je passe.

Les hébergements changeant ne me dérangent pas non plus. Je suis assez ordonné donc ce n’est pas un casse tête de défaire et refaire la valise tous les jours en ce qui me concerne. Et puis parfois nous avons des hébergements qui valent le détour ! J’ai quand même une petite préférence pour les gîtes que les hôtels, je trouve ça toujours plus convivial et ressourçant.

  • Qu’est-ce que tu emportes toujours avec toi ?

Mes céréales de petit-déjeuner ! On ne sait jamais quel type de restauration on va avoir et j’aime bien ne pas tomber sur n’importe quoi pour mon repas d’avant course, donc je prévois. Niveau nutrition également, j’emporte toujours mes protéines pour mon shaker d’après course. Sinon rien qui sorte de l’utilitaire pour un cycliste. Tenue vestimentaire (toujours en double au cas où), affaires de toilettes, civiles et c’est tout. Je n’aime pas voyager trop chargé. Certain emmène leur ordinateur ou autre mais je n’en trouve pas l’utilité pour ma part.

Avant, j’emmenais mes cours mais j’ai quasiment arrêté. Je n’arrive pas à me concentrer , je survole et ce n’est pas productif. Je préfère travailler un peu plus la semaine mais être à 100% dans l’atmosphère de la course quand j’y suis. Je garde juste un petit book-mémo pour les très longs trajets où là, ça vaut le coup.

  • La chaleur est arrivée, tu la redoute ou tu l’apprécie ?

Je l’adore ! Je suis un coureur qui aime les fortes températures. L’été est arrivé et c’est tant mieux donc.

  • Qu’espères-tu au mois de juin ? 

Au mois de juin, j’espère accomplir de belles choses sportivement. À commencer par honorer ma sélection au Tour de Pays de Savoie avec l’équipe de France en y faisant une belle prestation. je suis vraiment motivé pour ça !

Il y a aussi la Coupe de France qui est importante pour le club et ce qui gravite autour. Notre position est délicate et j’aimerais bien permettre au CR4C Roanne de remonter au classement et donc apporter de la sérénité à tous. Cela que ce soit en scorant personnellement ou en permettant aux collègues de le faire. Qu’importe du moment que la performance collective permette un bon bilan comptable.

Enfin, à la fin du mois il y a le Championnat de France. Nous ne connaissons pas encore la composition de notre équipe. Mais si j’en suis, bien sûr que j’aurai des ambitions. Le parcours est sélectif et usant ce qui n’est pas pour me déplaire. Ce genre de course peut être la course d’une vie !

En dehors du vélo, il faudrait que je boucle mon mémoire et mon étude personnelle de diététique. C’est pas une mince affaire non plus… .

Nous te souhaitons bien du courage pour mener à bien tes objectifs. Rendez-vous le mois prochain pour un nouvelle épisode de La Gazette. 

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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