Giro 2016 : dans la roue de Guillaume Bonnafond

Un compte rendu au coeur de l'Italie

  • mercredi 25 mai 2016

  • Bonjour Guillaume, avant de parler du Tour d’Italie où tu occupes la 55ème place du classement général (après la 13ème étape), faisons un petit retour en arrière. Tu as commencé le vélo à l’âge de 13 ans ; quels sont les moments qui t’ont le plus marqué dans ta carrière amateur puis professionnelle ?

Lorsque j’ai commencé le vélo, j’ai été encadré par un cycliste handisport : Dominique Bard, qui évoluait au niveau international.

À ses côtes j’ai pu bénéficier de son expérience, il m’a inculqué les valeurs du sport, sa détermination et sa volonté. Grâce à lui, j’ai obtenu plusieurs succès en Junior comme des victoires au Tour Paca et le Tour du Valromey.

Ensuite, j’ai intégré le centre de formation de l’équipe AG2R La Mondiale avec Loic Varnet, où mes meilleurs souvenirs resteront ma victoire à la Ronde de l’Isard et au Tour des Pays de Savoie.

Après trois années au CCF, je suis passé dans l’équipe Pro. Mon premier Giro a été riche en émotions, j’ai été convoqué au dernier moment pour palier à un forfait. À 21 ans, je me suis retrouvé au milieu des grands noms du cyclisme. J’ai pu assister au come back d’Armstrong. Sa notoriété m’a marqué, car je ne pensais pas qu’un athlète pouvait susciter une telle ferveur chez les supporters.

  • Tu participes à ton cinquième Giro, autant dire que tu connais bien la course « la plus belle du monde » selon les italiens. Au départ de cette nouvelle édition, quelles étaient tes rôles, tes ambitions et les objectifs de ton équipe AG2R La Mondiale ?

Sur cette édition, nous avions deux leaders. Au début, je devais protéger Jean-Christophe Péraud. Après sa chute et son abandon en Hollande, je me suis rapproché de Domenico Pozzovivo. Mon rôle est de le protéger du vent tout au long de l’étape pour qu’il s’économise au maximum.

Après, j’ai la liberté pour jouer les échappées sur certaines étapes, pour essayer de remporter une victoire.

Les objectifs de l’équipe AG2R La Mondiale sont un Top 10 au classement général, voir mieux avec Pozzovivo et une victoire d’étape.

  • Lors de la 10ème étape, tu as pris l’échappée du jour, qui a même été la bonne échappée étant donné que Giulio Ciccone (Bardiani CSF) s’est imposé. Cela signifie-t-il que tu as carte blanche pour faire la course à l’avant ? Que ressent-t-on lorsqu’on ouvre la route d’une telle course ?

Oui, j’ai carte blanche sur certaines étapes. Il faut bien cibler ces échappées car les parcours sont exigeants et il faut être en pleine possession de ses moyens pour espérer accrocher un accessit.

Toute l’année, on s’entraîne dur pour vivre ces moments-là et être à la bagarre devant. L’événement nous transcende, on se surpasse. Ce qui offre un beau spectacle aux supporters.

  • La troisième semaine s’annonce la plus montagneuse. Une aubaine pour toi et pour ton leader Domenico Pozzovivo, (12ème du général après la 13ème étape) ?

Oui, la majeure partie de l’équipe est plutôt à son avantage lorsque les étapes sont accidentées. La dernière semaine va être très exigeante, j’espère qu’elle nous permettra de regagner des places au classement général avec Pozzovivo et de remporter une étape.

  • Parlons un peu des coulisses autour de la course. Peux-tu nous décrire une journée type avant et après les nombreux kilomètres à effectuer sur le vélo ?

Le matin, la journée commence par un copieux petit-déjeuner, ensuite nous nous rendons en bus au départ.

Une fois sur place, les Directeurs Sportifs font un briefing sur la stratégie et le parcours. Ensuite, on s’élance pour l’étape. Retour au bus, on est bien fatigués, une bonne douche, une collation, on effectue un transfert pour l’hôtel suivant. Dans le bus, on en profite pour récupérer un peu, le médecin nous installe des bottes de pressiothérapie. Arrivés à l’hôtel, on va tremper nos jambes bien fatiguées pendant dix minutes dans des piscines à 10°, et ensuite un bon massage. On soupe et une bonne nuit de sommeil…

  • Au niveau de l’alimentation, quelles sont tes préférences ? Changes-tu de régime selon le profil des étapes ?

Le matin je mange des céréales et du riz, du pain, avec un peu de protéines (en poudre ou du jambon). J’adapte les quantités en fonction de la durée de l’effort. Et un café pour se réveiller…

Après l’étape, une bonne hydratation : eau, jus de raisin, boisson de récupération pour les protéines et un peu de glucides, du riz ou des pâtes. Le soir, on remange des glucides, des protéines et un peu de légumes plutôt cuits car plus digestes.

  • Pour conclure, peux-tu évoquer l’ambiance qu’il y a au cœur du Giro 2016 ? Que ça soit dans ton équipe, dans le peloton, et sur le bord des routes ?

En Italie, Les « Tifosis » sont déchaînés dans les cols, ce sont vraiment des connaisseurs, ils viennent pour le spectacle sportif, ils ne sont pas là pour la caravane publicitaire. L’ambiance est festive, beaucoup de supporters montent nous voir en vélo.

Dans l’équipe AG2R La Mondiale, l’ambiance est bonne, nous avons perdu deux coéquipiers Jean Christophe Péraud (chute) et Patrick Gretsch (malade) mais nous restons concentrés sur nos objectifs initiaux…

À l’heure où nous partageons notre plat, Domenico Pozzovivo est remonté à la 9ème place du classement général, à l’issu de la 16ème étape. Guillaume occupe la 53ème place du général.

Un grand merci à Guillaume Bonnafond, pour sa disponibilité, ainsi qu’à l’équipe AG2R La Mondiale pour leur collaboration. Nous ne manquerons pas de vous encourager pendant cette troisième semaine de course, en vous souhaitant d’atteindre vos objectifs.

Rédigé par

Natacha Cayuela - Coordinatrice pour cyclistes

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.