L’interview décalée de François Pervis

Un Pistard au cœur Arc-en-ciel

  • mardi 19 septembre 2017

 

Attention : ce Plat est concocté avec un sacré champion ! Avec ses sept titres mondiaux et ses deux records du monde, l’un des meilleurs pistard de la planète nous fait l’honneur de partager quelques instants à nos côtés, le temps d’une interview… légèrement décalée !

 

 

 

  • Bonjour François, et bienvenu sur le site qui ravitaille le cyclisme ! Pour commencer tranquillement ce mets, peux-tu nous dire comment tu vas, et comment se passe ton année ?

Salut la compagnie ! Ҫa va bien. Après une très longue coupure de deux mois suite aux mondiaux qui ont eu lieu en avril dernier, j’ai repris l’entraînement par un gros stage sur route de deux semaines où j’ai effectué 1000 kilomètres seul, à mon rythme, ce qui est pas mal pour un pistard.

Puis j’ai repris les sprints sur piste et la muscu. Je fais actuellement de très grosses charges de travail pour retravailler mes bases et les redévelopper. C’est donc beaucoup de quantité que ce soit en musculation, en entraînement route et piste. Je suis bien cramé mais c’est le passage obligé pour être très fort plus tard dans la saison.

Notre saison à nous, c’est durant l’hiver. Seuls nos Championnats de France ont eu lieu en août dernier, où je gagne le Kilomètre. Ensuite, il y a les Championnats d’Europe en octobre puis deux Coupes du monde en novembre, deux autres en décembre et seulement une en janvier, pour finir la saison fin février/début mars par les Championnats du monde aux Pays-Bas.

Pour le moment, mon planning de courses n’est pas encore défini. Je risque de faire les Europe et les deux Coupes du monde en décembre qui sont au Canada et au Chili à une semaine d’intervalle.

  • En août dernier, tu as assisté et même donné le départ des 24 heures du Mans à vélo. Que retiens-tu de cette expérience hors norme ?

C’est effectivement une expérience hors norme à tous points de vue ! J’ai commencé par remonter toute la ligne d’arrivée cinq minutes avant le départ, drapeau de la France à la main avec les milliers de coureurs des deux côtés. De plus, j’étais sur mon tout nouveau vélo de piste S1neo que j’ai mis deux ans à élaborer avec des ingénieurs français. Ce vélo est le premier vrai bébé de la marque S1neo qui sera 100% made in France. Alors pouvoir le baptiser de la sorte fut un grand moment d’émotion.

 

Crédit photo : Emilie Drouet

  • Après avoir obtenu tant de titres, est-ce que tu te sens plutôt rassasié, ou au contraire plus tu gagnes, plus tu en veux ?

Je ne me sens absolument pas rassasié. Je n’ai pas tout gagné et j’arrive encore à me trouver de nouveaux défis afin de continuer d’écrire l’histoire de mon sport comme par exemple être le pistard le plus médaillé en épreuves individuelles aux Championnats du monde toutes générations confondues depuis 1892.

Je suis pour le moment ex-aequo avec un allemand, donc à la prochaine médaille en individuel, j’aurai réussi à relever ce nouveau défi. Ou un autre exemple : être le premier sprinteur à avoir gagné cinq fois le titre de Champion du monde du Kilomètre toutes générations confondues. Pour le moment, je suis ex-aequo avec quatre autres  sprinteurs.

Et bien d’autres objectifs encore…

  • Tu es licencié au club de Laval Cyclisme 53. Peux-tu nous parler de ton club ? 

Je suis dans mon club depuis 2004. Habitant en région parisienne depuis 2001 pour pouvoir m’entraîner au Pôle France, et ne prenant part qu’à seulement six/sept courses par an, je n’ai pas beaucoup l’occasion de côtoyer les licenciés de mon club. Toutefois, j’ai gardé des liens très étroits avec quelques amis avec qui je courrais en Minime/cadet. D’ailleurs, l’un d’eux est devenu depuis 2004 le président de mon fan-club et se démène pour organiser des déplacements sur mes Championnats du monde pour les adhérents.

  • En navigant sur ton site internet, quelque chose nous a interpelé… ton tour de cuisse : 65 centimètres ! N’est-ce pas trop gênant pour trouver des pantalons qui leurs conviennent ?

Si, ce n’est jamais facile mais comparé aux autres sprinteurs, je fais partie des « poids plume » et j’ai des cuisses bien plus petites qu’eux et ça m’arrange ! Heureusement pour moi que ce n’est pas celui qui a les plus grosses cuisses qui gagne, sinon je n’aurais jamais rien gagné !

Donc je prends forcement des jeans où mes cuisses passent mais j’ai toujours besoin de reprendre le bas, car trop long et toujours besoin d’une ceinture car trop grand à la taille.

  • On en déduit que le Mont-Ventoux et même l’Angliru, très peu pour toi ?

Oula si ! J’aimerais énormément ! J’adore la route ! Et je n’aime pas le plat, je m’ennuie sur le plat. J’aime monter des cols et des côtes. Je pense qu’après ma carrière piste, je me lancerai ce genre de défi plaisir. D’ailleurs, je reprendrai aussi les courses sur routes et le cyclo-cross car ça me manque beaucoup trop.

  • En parlant de l’Angliru, as-tu eu le temps de suivre la Vuelta, et les autres courses majeures de la saison ? Qu’en retiens-tu ?

Je suis au moins dix fois par jour sur les sites de résultats de vélo. Je me débrouille toujours pour trouver du streaming sur internet pour regarder n’importe quelle course, même une kermesse en Belgique, je regarde avec plaisir.  Je suis la route de très près !

De la Vuelta, je retiendrais le manque de professionnalisme des journalistes qui ont bêtement partagé une vidéo de Froome qui accélère sans pédaler après une arrivée d’étape. C’est effarant de voir que même les journalistes et site web pro vélo partagent ce genre de bêtise sans réfléchir à quoi que ce soit. On devine très bien que Froome, après avoir monter un col, fait demi-tour après la ligne d’arrivée et que naturellement, il prenne de la vitesse sans pédaler.

J’ai été attristé de voir autant de buzz autour d’une chose aussi stupide.

  • À quelle fréquence roules-tu sur la route ? Quels types de parcours et d’exercices préconises-tu ?

En pleine saison, je roule une heure le mardi et jeudi matin à faible intensité afin de faire une récupération active pour oxygéner et nettoyer mon corps des entraînements. Je fais aussi 2h30 le mercredi et le samedi après-midi en endurance de base avec parfois des petits contres-la-montre entre les villages histoire de me faire plaisir. Je roule toujours tout seul.

Lorsque l’objectif de la saison approche j’enlève carrément mes deux sorties de 2h30 car ce n’est plus le moment de faire ce type d’entraînement. Je les remplace par une séance de PMA sur piste derrière moto.

  • Peux-tu nous décrire comment se déroule ta semaine type d’entraînement ? 

* Lundi matin : musculation – Après-midi : piste

* Mardi matin : 1h route – Après-midi : piste

* Mercredi matin : musculation – Après-midi : route 2h30

* Jeudi matin : 1h route – Après-midi : piste

* Vendredi matin : musculation – Après-midi : piste

* Samedi après-midi : route 2h30

* Dimanche : repos.

J’ai au moins un massage par semaine, généralement le mercredi ou le jeudi soir et en approche d’objectif : deux fois par semaine, puis tous les jours une fois arrivé sur le lieu de la compétition. J’ai aussi accès au sauna, bain chaud, bain froid tout au long de la semaine et j’y vais quand je veux.

Ensuite, le contenu des séances est différent suivant la période dans laquelle on se trouve.

  • Comme beaucoup de cyclistes, ton métier te permet de voyager aux quatre coins du globe. Quelles sont les destinations et les rencontres qui t’ont le plus marqué ?

Le japon a changé ma vie ! Si je n’y aurais pas été, je n’aurais jamais rien gagné où j’aurais continué de faire toujours deuxième ou troisième aux Championnats du monde comme je le faisais depuis 2006.

J’ai vu l’avant et l’après Fukushima. Le peuple japonais m’a énormément impressionné et j’ai beaucoup appris d’eux. Étant seul et totalement indépendant à tous points de vue là-bas sur une période de quatre/cinq mois, j’ai été obligé de répondre moi-même à mes questions en terme d’entraînement puisque je n’avais pas d’entraîneur. J’ai fait des erreurs et j’ai beaucoup appris sur ce qui me convient et ce que je dois faire pour arriver en forme. J’ai beaucoup gagné en confiance que ce soit dans ma planification d’entraînement que lors des compétitions.

En reconnaissance pour le Japon, j’ai même donné un nom japonais à ma fille.

Ensuite, j’adore les pays d’Amérique latine, le Mexique et la Colombie. Ils m’appellent « le Dieu » là-bas car en seulement trois mois, j’y ai battu deux records du monde (Mexique) et j’ai gagné trois titres de Champion du monde (triplé historique) à Cali, en Colombie. J’y suis toujours reçu comme un roi et à chaque fois, je suis impressionné par leur ferveur à mon égard.

J’adore aussi me rendre en Australie. Ce fut mon tout premier grand voyage de ma vie l’Australie, et j’y ai gagné mon tout premier titre de Champion du monde en Junior. Moi qui n’étais jamais sorti de France, le dépaysement était total !

  • Y a-t-il un endroit où tu n’es encore jamais allé qui te fait rêver ?

J’ai toujours rêvé d’aller au Canada, ce qui sera surement chose faite en décembre et j’aimerais beaucoup découvrir la Nouvelle-Zélande. J’adore pêcher et je suis très proche de la nature. Aller découvrir les grands lacs canadiens perdus dans les forêts de sapins ou les grandes vallées vertes de la Nouvelle-Zélande m’attire beaucoup.

  • Ressens-tu des différences entre les pistes sur lesquelles tu cours ?

Oui, et parfois il peut y avoir de grandes différences. Le bois, peut être très sec ou plutôt mou, ce qui modifie le rendement. Le dessin de la piste avec par exemple des longues lignes droites et des virages très serrés ou l’inverse doit être pris en compte dans la tactique de course. Ҫa compte beaucoup !

  • L’an passé, tu as rivalisé avec… une Alfa Romeo, le temps d’une vidéo ! Comment est venue cette idée classe mais un peu folle ? Quelles sensations as-tu ressenti ?

Alfa Romeo est l’un de mes partenaires automobiles. Avec l’équipe, nous cherchions une idée pour mettre en avant notre partenariat et pourquoi pas faire un bon petit buzz. Et finalement, nous nous sommes aperçu que la voiture arrêtée faisait le même temps que moi lancé sur 100 mètres. Le défi était donc trouvé !

Le tournage a duré deux jours, avec une équipe de douze personnes et vingt caméras. Nous sommes allés sur le vélodrome de Roubaix puis sur le circuit de tests automobile de Mortefontaine.

Grosses sensations de voir une voiture sportive débouler à 120-130km/h dans mon dos au moment de passer la ligne d’arrivée ! Les images sont extraordinaires et nous avons compté près de deux millions de vues rien que sur les réseaux sociaux en seulement quatre mois de diffusion. J’ai même eu la surprise de me voir le dimanche matin dans auto/moto sur TF1 et dans Turbo sur M6.

Toute l’équipe est super contente et nous sommes en train d’étudier un nouveau défi à l’heure actuelle.

 

La passion du défi : Reveal 4C x Francois Pervis – Par Alfa Romeo

  • On en déduit que tu aimes les défis ! En as-tu un autre en tête, ou quelque chose que tu voudrais tester même sans vélo ?

J’ai effectivement des défis en tête, mais le plus fou qui me vient à l’esprit serait quasiment impossible. J’ai toujours rêvé de voler et j’aimerais plus que tout réussir a faire du wingsuit, à frôler les falaises et passer entre les arbres ! Mais il me faudrait d’abord être un pro du saut en parachute. Ҫa ce serait ma folie en dehors du vélo. J’aimerais beaucoup aussi être passager d’un pilote de rallye sur une étape d’une épreuve officielle. Je n’en mènerais pas large mais là assurément : grosses sensations !

  • La nature et la pêche font également partie de ton quotidien. Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Ҫa m’apporte repos, calme et tranquillité. Je mets mon corps et surtout mon cerveau sur « off » et ne pense absolument plus à rien. Je ne pense que stratégie de pêche et quoi mettre en place pour que je puisse optimiser ma pêche et surtout aussi profiter de ce que la nature m’offre. Des choses simples comme un levé ou couché de soleil sur un grand lac. La visite d’un écureuil devant ma tente ou celle d’un renard. Un petit tour en bateau sur le lac en pleine nuit éclairée au clair de lune. Dormir à la belle étoile. Ce genre de choses qui me permettent de m’immerger dans la nature et de vraiment couper avec la civilisation.

Cette année, j’ai passé deux mois non stop de suite à dormir au bord de l’eau, sous ma tente dans ces conditions. Un bien fou après toutes ces années de folies. Malheureusement, il peut se passer quelques années sans pouvoir m’y rendre.

  • As-tu une devise qui te revient souvent en tête dans les bons comme dans les mauvais moments ?

Ne jamais rien lâcher ! Jamais ! J’ai mis douze ans avant de gagner mon premier titre de Champion du monde Élite après des années de désillusions et je n’ai jamais rien lâché. Aujourd’hui, j’en suis très fier car ça a fini par payer et ça me donne envie d’en écrire un livre pour motiver ceux qui sont prêts à lâcher leur rêve car ils n’y arrivent pas.

  • Un grand merci à toi pour ta gentillesse et ta disponibilité. Nous te souhaitons beaucoup de réussite et de plaisir dans tous tes prochains défis !

Tout le plaisir était pour moi !

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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