Lumière sur l’Association Française des Coureures Cyclistes

Présentée par Marion Clignet

  • dimanche 7 juin 2020

Au fil des dernières saisons, le cyclisme féminin s’est nettement développé, y compris au plus haut niveau. Des équipes pros masculines ont désormais leur version féminine. Les grandes courses gagnent en visibilité grâce à des directs télévisés (hormis en cette période sans compétition bien entendu).

Mais est-ce suffisant ? Où en sont concrètement les actions pour valoriser autant le vélo chez les dames que chez les hommes ?

En compagnie de Marion Clignet, co-Présidente de l’association Française des Coureures Cyclistes (AFCC), nous allons faire le point sur les dernières avancées tout en détaillant les initiatives de l’association.

 

Crédit : Smikia Photographie

 

  •  Bonjour Marion, avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu commencer par nous en dire plus sur toi ?

Bonjour, née à Chicago de parents français, ma première langue est l’Anglais. Contrairement à beaucoup, j’ai commencé le vélo tard….très tard. À l’âge de 22 ans, j’ai découvert que j’étais épileptique et on m’a dit que je n’aurais pas le droit de conduire pendant un an. Pourquoi ? Nous devions trouver le bon traitement qui me permettrait de vivre sans crise.

Un peu frustrée par ce changement et par le fait que les médecins m’ont dit que je devais tenir l’épilepsie secrète parce que c’était très tabou, que je ne devais pas sortir seule ni faire de sport, j’ai décidé de faire exactement le contraire !

Je suis devenue préparatrice physique et coach de force et musculation dans un centre à 30 kilomètres de chez moi. Comme je n’avais plus de permis, j’ai acheté un vieux vélo pour y aller et revenir. Je me suis retrouvée à faire 60 kilomètres tous les jours.

Les choses se sont enchaînées, j’ai lutté avec les neurologues pour trouver les bons médicaments avec le moins d’effets secondaires et je me suis battue pour aller de l’avant et ne pas m’apitoyer sur mon sort à cause de ce changement soudain. L’épilepsie m’a poussé et m’a rendu plus forte.

Quatre ans plus tard, je gagnais les Championnats des USA en contre-la-montre par équipe, Vice-Championne sur Route et Bronze au chrono Individuel. Je me suis ainsi qualifiée pour les Championnats du monde mais le directeur de l’équipe de l’époque a dit que l’épilepsie était contre indiqué avec les Championnats du monde. C’était en 1990.

Quelques françaises sont venues courir aux USA cet été là (Cécile Odin, Valérie Simmonet et Dany Bonneront) et elles m’ont parlé des courses en Bretagne au mois d’août. De coup j’ai fini la saison en France à la mi-août Bretonne motivée comme jamais. Le DTN de l’époque (Lucien Bailly) m’a proposé une place en équipe de France et je suis venue m’installer pas loin de Calan, Hennebont, etc.

En 1991, j’ai gagné les Championnats de France sur route, les Championnats de France sur piste en poursuite, et pour la première fois de l’histoire les françaises (Genderon, Odin, Marsal, Clignet) ont été Championnes du monde du contre-la-montre par équipe.

Je m’arrête là car je pourrais écrire des pages et des pages pour partager plein d’histoires, d’anecdotes, etc…. Mais je vais dire qu’aujourd’hui, je suis plus que jamais motivée pour aider la génération (actuelle et suivante) de coureures à vivre et bien vivre du vélo ainsi que d’autres sports.

 

  • Que représente le vélo et plus particulièrement le cyclisme féminin pour toi ?

Le vélo pour moi représente la liberté, voyage, communication, apprentissage, motivation, le plein d’émotion que ça soit par les efforts physiques qu’on fournit…

Ce moment où on se dépasse au delà de ce qu’on pensait pouvoir faire ou par ce qu’on vit. Le vélo est une grande école de la vie. Pour les filles et femmes d’aujourd’hui ça représente un moyen de s’exprimer, d’évoluer et d’atteindre ses objectifs où le niveau est en progression que ce soit en montagne, piste, VTT, BMX, les femmes sont à l’avant de la course, libres et fortes !

 

  • Comment gères-tu cette saison délicate d’un point de vue sportif et plus global ?

Je ne cours plus et c’est donc très agréable d’être à la fois au calme mais aussi à temps plein sur la restructuration d’un calendrier international pour les femmes avec l’UCI (en tant que représentante des coureures avec le CPA) ainsi que sur le développement des protocoles nécessaires avec un objectif de reprise des compétitions.

Nous avons eu ces derniers temps beaucoup de réunions (entre deux à trois fois par semaine) avec les coureures, équipes, l’UCI, FFC. Ces réunions nous ont permis en tant que jeune association de nous faire connaître, d’apprendre à connaître les failles ainsi que les points forts dans ce système pour pouvoir préparer nos projets de soutien.

Côté sportif, nous avons tous appris à maîtriser le home trainer connecté !

 

  • Le vélo semble se conjuguer de plus en plus au féminin ; que penses-tu de son évolution ?

À la finale de la Coupe de France au mois d’août, nous avions suivi Elisabeth Chevanne Brachet (co-présidente de l’AFCC) et moi-même à l’épreuve. Nous avons été agréablement surprises par le niveau de la course. Le niveau national a beaucoup évolué. Il suffit de regarder les Championnats de France (féminins) ainsi que les Championnats du monde ces dernières années sur route. Ceux sont les courses les plus animées épreuves hommes et femmes toutes confondues. Le niveau féminin est devenu très professionnel en commençant par l’exemple des Pays-Bas ainsi que l’Italie grâce à la structuration des teams.

Et depuis janvier 2020, pour la première fois de l’histoire, sont nées huit équipes WWT où les femmes détiennent de vrais contrats de travail de coureure cycliste. L’avenir du sport cycliste est bien féminin !

 

  • Pour faire avancer les actes dans le bon sens, vous avez donc décidé de fonder l’Association Française des Coureures Cyclistes. Tu nous la présente ?

L’association est formée d’une équipe de femmes avec Audrey Cordon-Ragot, moi, Elisabeth Chevanne Brachet, Sandrine Deligey, Sandrine Bideau, Jennifer Letué, et Gaëlle Carreau.

 

Elisabeth Chevanne Brachet en compagnie de la Ministre des Sports ainsi que de Marion Clignet

 

  • Concrètement, quelles sont vos actions et leurs répercussions dans le peloton féminin ?

Même si nous restons une jeune association avec à peine un an de création (27 Juin 2019), nous avons des années d’expérience grâce à nos nombreuses saisons vécues dans le peloton. Notre premier objectif est de se faire connaître. Nous avons ainsi créé un compte Twitter ainsi qu’une page Facebook. Vous pouvez y trouver les bulletins d’adhésion ainsi que nos statuts, objectifs, etc…

Nous avons réussi à trouver deux partenaires (CIC et Mapei) qui nous permettent de fonctionner et nous déplacer sur les compétitions toujours dans l’objectif de nous faire connaître et de créer aussi de la proximité auprès des athlètes.

Nous avons aussi prévu de présenter l’AFCC aux coureures et leurs équipes lors de la première coupe de France 2020. Nous sommes d’ailleurs dans l’attente du calendrier national pour l’organiser.

Nous avons aidé des filles qui ont eu des problèmes d’harcèlement en restant à leur écoute et en les conseillant sur la manière de procéder.

En ce moment, nous travaillons sur un projet avec la création d’une cellule psychologique afin que les athlètes puissent échanger avec un psychologue dès qu’elles en éprouvent le besoin. Nous avons étudié la conformité de plusieurs contrats de travail puis conseillé les athlètes avec l’aide d’une juriste quand les filles rencontraient des problèmes avec leur équipe. Nous avons aidé des athlètes à trouver une équipe.

Nous avons rencontré la Ministre des sports pour parler de nos projets et nous conseiller. Nous avons également rencontré Christian Prudhomme pour parler d’un projet spécifique, ainsi que Marie George Buffet qui nous soutient.

 

  • Quelles sont vos principales réussites depuis la création de l’AFCC ?

– Aider une jeune femme à porter plainte contre son manager pour harcèlement et l’aider moralement à s’en sortir. Aujourd’hui ce manager est mis en examen.
– Conseiller des filles à l’intersaison par rapport a leurs contrats.
– Aider des filles à choisir une équipe juste pour elles.
– Réunir les managers des équipes Françaises WWT et Continentales afin de mieux se connaître.
– Réunir les athlètes adhérentes pour les connaître et voir comment elles ont vécu le confinement.
– Réunir les organisateurs des courses féminines pour mieux les connaître.
– Échanger avec Mr le Président de la FFC pour se présenter et leur présenter le rôle que l’AFCC veut jouer pour le cyclisme féminin.
– Rencontrer Mr le Président de l’UCI ainsi que la Directrice Générale de l’UCI pour faire connaître l’AFCC.
– Intégrer le CPA Féminin en tant qu’association membre.
– Trouver des partenaires qui soutiennent nos actions (encore merci à la CIC et à Mapei).
– Récompenser trois athlètes femmes lors du premier gala où toute la grande famille du cyclisme était réunie femmes et hommes confondus avec un direct TV.
– Préparer un grand projet pour 2022 qui nous la aussi permis de nous faire connaître auprès de plusieurs collectivités.

 

  • Et vos buts importants à atteindre ?

– Faire connaître l’AFCC et augmenter le nombre d’adhérents.
– Continuer à professionnaliser le cyclisme féminin et obtenir la reconnaissance d’un vrai statut professionnel.
– Assurer la diffusion du vélo féminin dans les médias.
– Continuer à accompagner les coureures dans la pratique de leur sport visant le haut niveau.
– Organiser une course par étape internationale.
– Éduquer les entraîneurs sur le sujet des cycles menstruels en tant qu’aide ergo génique.
– Conclure la création d’une cellule psychologique pour aider les sportives en besoin que ça soit à cause de l’harcèlement ou l’accompagnement de gestion du stress du haut niveau.

 

  • Il est possible de rejoindre l’AFCC ; en quoi cela pourrait vous être utile ?

Tout le monde peut adhérer et les adhésions aideront le cyclisme féminin professionnel/élite français à se développer. Toute adhésion nous permettra de mieux communiquer, créer une proximité avec les coureures dans l’objectif de mieux les connaître, découvrir leur besoin, être présent sur les courses pour voir les déroulements, organiser des évènements, éduquer le grand public.

 

  • Quelque chose à ajouter ?

Tout ce qu’on fait c’est un travail d’équipe. Quand j’écris c’est toujours en concertation avec ma co-Présidente Elisabeth Chevanne Brachet ainsi que le bureau. On se soutien mutuellement car mine de rien c’est un travail énorme mais quand on veut on peut !

 

Photo via Marion Clignet

 

Merci à Marion Clignet pour avoir évoqué à nos côtés un sujet qui nous tient à cœur car au masculin comme au féminin, nous avons tous la même passion ! Pour les contacter et adhérer à l’AFCC, rendez-vous sur leur réseaux sociaux (liens plus haut) ainsi que leur site internet.

Merci à vous pour cette interview.

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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