Quentin Arbonnier, l’homme qui ravitaille les cyclistes

Entre tenue de vélo et toque de cuistot

  • vendredi 5 juin 2015

Il y a quelques temps, nous avons repéré un coureur parmi tant d’autres dans l’une de nos entrées. Voulant en savoir plus, nous sommes allées le rencontrer après qu’il nous ait remercier. De là, une évidence : Quentin Arbonnier a de belles recettes à nous faire découvrir, et à partager. La première ci-dessous, sous forme d’interview.

 Bonjour Quentin, pour commencer cette entrevue, peux-tu nous dire qui tu es ? …

Bonjour, alors pour me présenter rapidement, j’ai 22 ans, et je suis étudiant en deuxième année de licence de Sciences Politique à Lyon, d’ou je suis originaire. Concernant le cyclisme, je le pratique depuis l’âge de 12 ans environ. Avant ça, j’avais gouté au foot, cela me plaisait énormément mais j’ai eu envie de voir autre chose, j’avais besoin d’un sport plus exigeant.  J’ai attrapé le virus de la Petite Reine par le biais de mon cousin qui était un excellent amateur ainsi que derrière ma télé en suivant les exploits de Richard Virenque. Le sport en général et le cyclisme ont toujours été très présent chez moi, certains vont à la messe le dimanche, moi je vais sur les courses !

  • … Et nous  présenter ton équipe ? 

Je suis actuellement membre du Team Probikeshop Saint-Etienne Loire, en tant que deuxième catégorie. On peut dire en quelque sorte que je suis membre de sa réserve même si je n’aime pas beaucoup ce mot ça fait un peu trop professionnel… L’équipe évolue en DN1, ce qui s’avère être le plus haut niveau amateur. De part les grands noms qui sont passés dans ses rangs, comme Alexandre Vinokourov, Cyril Dessel, Tanel Kangert,  l’équipe s’est forgée une renommée au niveau international.

En comptabilisant les réserviste, nous sommes une quinzaine cette année dans l’effectif. Notre fil rouge reste la Coupe de France, c’est en quelque sorte la vitrine de la DN1, qui effectue en fin d’année un classement où il est primordial de bien y figurer. Toutefois, nous ne nous arrêtons pas seulement ça, chaque week-end, nous sommes au départ des courses pour être à l’avant et ainsi faire honneur à nos couleurs, peu importe le parcours, ou la concurrence. Cela fait presque nationaliste de parler ainsi, mais Saint-Etienne est une ville ayant une très forte culture cycliste, les stéphanois suivent nos résultats avec attention, il faut avoir vécu la bas pour le sentir.

  • Plus personnellement, quels sont tes rôles dans l’équipe ?

Quand je suis sollicité pour courir avec l’équipe première, mon rôle c’est avant tout d’aider les leaders, les soulager d’efforts inutiles, aller chercher les bidons, essayer de prendre les échappées de début de course, ou les accompagner le plus loin possible en fonction des parcours. Nous avons des coureurs comme Guillaume Bonnet ou Romain Faussurier qui sont capable de jouer les premiers rôles chaque week-end, il faut donc  les mettre dans les meilleurs conditions possible. Cela peut paraître un peu ingrat, mais j’aime beaucoup ça, je n’ai pas besoin de trop réfléchir !

Puis il faut être réaliste quand tu ne peux pas prétendre à la gagne sur certaines grandes courses, autant aider les copains qui peuvent le faire. Je préfère qu’un collègue lève les bras en prenant dix minutes et en faisant mon boulot plutôt que de finir bien au chaud dans le peloton sans que personne du groupe se distingue. Evoluer avec de tels coureurs permet d’apprendre le métier comme on dit, un mec comme Guillaume à une science quasi parfaite de la course,  il arrive toujours à sentir le bon coup il est rarement piégé, son palmarès en est la preuve, chacun dans l’équipe essaye de s’inspirer de sa manière de courir.

  • Sens-tu un grande différence entre les courses de deuxième et de première catégorie ?

C’est incontestable ! Sur les deuxièmes catégories, c’est un peu la loterie, les courses sont moins structurées, ça roule beaucoup par à-coups, du moins sur les courses d’un jour. Il n y a pas de tactique en tant que tel à adopter et ce n’est pas toujours le plus fort qui gagne mais le plus malin. En première c’est différent,  on se rapproche du schéma des professionnels. Le jeu d’équipe est primordial, il y a des leaders à protéger en fonction du type de parcours, ça roule beaucoup plus régulièrement et beaucoup plus vite, le rythme ne faiblit jamais, c’est un rouleau compresseur. Personnellement je suis diesel et peu explosif, par conséquent je préfère cette manière de courir,  je ne trouve pas forcement plus dur, ça correspond d’avantage à mes caractéristiques. J’aime les efforts de longue durée, les courses ou ça roule vite !

  • À plus ou moins long terme, quels sont tes rêves de cycliste ?

À 22 ans, je ne sais pas si on peut encore rêver, on a beaucoup plus de recul que quand nous sommes cadet ou junior, à cet âge la tu rêves encore de Tour de France pour être dans le cliché. Personnellement, je n’ai pas ou plus de rêve en tant que tel dans le sport cycliste, à mon sens le meilleur moyen d’être efficace dans ce sport ce n’est justement de ne pas trop rêver, et de se concentrer sur le travail à faire à l’entraînement pour être performant sur les courses.

J’ai un souvenir très précis de Dominique Garde, ancien coureur professionnel et directeur du Pôle Espoir Cycliste de Saint-Etienne dans lequel j’ai évolué, qui nous disait lorsque Paris-Nice ou le Tour de France arrivait à Saint-Etienne : « Vous n’irez pas voir la course, ce n’est pas en regardant des mecs pédaler que vous allez progresser ! » Je partage totalement cette idée. Après forcement le nom de certaines épreuves même au niveau amateur me fait un petit quelque chose, pour être franc, le Tour du Val d’Aoste, ou le Tour du Pays de Savoie m’ont toujours fait fantasmer !

  • Il parait que tu as un rapport particulier avec la nourriture ?

Ah ce n’est pas faux ! En fait j’adore faire à manger. J’ai travaillé quelques mois en plein cœur de  Londres dans un restaurant étoilé il y a quelques années. Je suis aussi très pointilleux sur la diététique, peut-être un peu trop même d’après certains de mes amis ! Par conséquent, je prends un malin plaisir à faire d’excellents plats qui soient  adaptés au régime cycliste. Je suis très attentif à ce que fais par exemple Hannah Grant la chef de la Tinkoff-Saxo passé chez Nomma, probablement le meilleur restaurant au monde actuellement, ou encore Allen Lim, l’ancien diététicien de Levi Leipheimer qui s’occupe maintenant de Taylor Phinney.

Au cours de son séjour aux Etats-Unis l’année dernière, Clément Chevrier m’a ramené un bouquin : « Feed Zone » c’est devenu mon livre de chevet, il m’accompagne partout. Il est important d’allier l’utile à l’agréable. Le cyclisme demande déjà beaucoup de sacrifices, si en plus il faut manger des pâtes au gruyères tous les jours alors non merci ! D’ailleurs dans l’équipe, il n’est pas rare que les mecs me demandent « ça c’est bon ? ça je peux ? et ça c’est bien ? »

  • Cet été, tu vas rouler ou faire le vacancier ?

Non je vais rouler, bien entendu ! J’ai eu beaucoup de pépins depuis le début de saison, entre une tendinite, puis une infection pulmonaire, je n’ai pas encore pu mettre en route correctement. Mentalement ça n’a pas été simple loin de là. L’été arrive donc à point nommé, c’est le moment de l’année que je préfère. J’aime la chaleur, c’est là où je me sens le mieux en général. D’autant que c’est la période où je peux me concentrer exclusivement au vélo ; je me lève, je pars rouler, je rentre je récupère… C’est plus simple que quand je suis à l’école ou je dois me lever tôt, pour rentrer tôt manger en quatrième vitesse et ensuite me rendre en cours pour 14 heures pour terminer entre 18  et 20 heures. Mentalement et physiquement c’est pas toujours facile !

En début d’année, nous avons effectué un programme prévisionnel avec les directeurs sportifs, or il était prévu que mon été soit bien chargé, à moi de faire le travail nécessaire en amont pour être au top. Après les championnats de France, nous effectuerons surement un stage en montagne entre coureurs pour une bonne semaine.  J’ai cependant prévu quelques jours de coupure fin juillet, où je partirai à Milan pour prendre un peu de bon temps.

  • Est-ce que tu pourrais te passer de ta machine pendant une semaine, un mois ?

Une semaine, c’est compliqué, mais alors un mois… Je deviens fou si je ne fais rien, je tourne en rond je suis insupportable. Le moment de l’année que ma mère redoute le plus c’est la coupure car je ne tiens pas en place, je crois que je suis un peu hyper actif en fait… J’ai du mal à me reposer c’est un vrai problème ! L’année dernière mon entraîneur avait du mal à me faire lever le pied, j’en faisais toujours plus, résultat j’ai trainé un espèce de surentraînement tout l’été. Je coupais trois jours, puis je reprenais trois fois plus fort, ça n’avait aucun sens.

Au mois de septembre, ça n’allait toujours pas. Or, je devais préparer le Tour de Nouvelle-Calédonie, il m’a dit : « Bon maintenant tu stoppes tes conneries et tu coupes quinze jours, tu as le droit à une sortie de deux heures par semaine. » C’était  interminable, mais au final il avait raison. Un mois après ma reprise  et sur l’objectif en question, les sensations étaient présentes! La fraîcheur et la récupération est trop souvent sous estimé par les coureurs.

  • Que fais-tu en dehors du vélo ?

Je vais à l’école, et ça me prend déjà pas mal de temps. Toutefois à mes yeux, c’est un équilibre indissociable avec le vélo. J’adore l’actualité en général, j’essaie de m’intéresser à tout. J’ai toujours une revu ou un livre sous le coude, ça peut être le dernier GQ comme une biographie de Mitterrand, je suis très curieux ! J’adore la gastronomie, je suis de très près, les chefs qui montent progressivement, histoire d’aller manger chez eux avant qu’ils soient trop côté ! J’ai toujours une bonne adresse sous le coude. J’écoute aussi énormément de musique, j’ai du mal à m’en passer. Toute ces petites choses me permettent de couper un peu avec le monde du vélo très présent au quotidien mais quelques fois un peu trop pesant.

  • Quelque chose à rajouter ?

Bon Appétit!

Merci à Quentin pour ce premier met. Rendez-vous prochainement pour un ravitaillement surprise…

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *