Tout un Rayon avec Josselin Riou

La Passion bien au delà du guidon

  • jeudi 28 septembre 2017

Crédit  : Shimano Road

En suivant les différentes courses sur Eurosport en compagnie des Rois de la Pédale, vous avez sans doute entendu son nom à plusieurs reprises. Il a même commenté sa première course récemment, lors de l’épreuve féminine disputée sur le circuit final de la Vuelta 2017 à Madrid. Il est également aux commandes de son propre site La Gazette des Sports.  Mais qui se cache derrière ce passionné de vingt ans, qui en connait bien plus qu’un rayon sur le monde de la Petite Reine et qui s’est déjà forgé une sacrée place dans ce milieu ? Pour le savoir, demandons directement au principal intéressé, Josselin Riou, de se dévoiler.

  • Bonjour Josselin ! Nous sommes ravies de concocter un bon petit Plat avec toi ! Pour comprendre ton parcours, et si tu nous disais comment tout a commencé pour toi ? La passion du vélo est une histoire de famille ? 

Bonjour, pour être une passion familiale… Mes parents ont pratiqué le cyclisme à haut niveau, mon père pratique encore d’ailleurs (!), mon grand frère, mes oncles, mes cousines. Le vélo se pratique en famille, difficile d’y échapper. Petits, avec mon grand-frère, nous partions en promenade dans une petite remorque, accrochée au vélo de notre mère. Vacciné avec un rayon de vélo comme les gens aiment me dire !

  • Quelles études as-tu suivies ? Sont-t-elles terminées ?

J’ai passé un bac scientifique à Nantes avant de rejoindre une école de journalisme à Montpellier. Après trois ans d’études, j’ai terminé mes études en Juin 2016.

  • Tu as donc fondé ton propre site La Gazette des Sports. Peux-tu nous le présenter ? 

Le 14 février 2012. Je ne risque pas d’oublier d’autant plus que la date est facile à retenir ! J’étais alors encore au lycée, en seconde ou en première, et je n’avais que 15 ans et demi. Le but du site était vraiment de pouvoir être lu par des gens, le plus possible et d’avoir des retours sur ce que je rédigeais afin de pouvoir progresser. Et puis j’ai commencé à suivre les épreuves, à droite, à gauche, ça grandissait gentiment et cela m’a permis d’en être où je suis.

Je suis tout seul derrière La Gazette des Sports. Occasionnellement, des personnes rédigent mais ce n’est arrivé que trois ou quatre fois, mon grand frère, lui même cycliste en DN2 au VS Chartrain, me donne parfois un petit coup de main. Je l’ai formé aux réseaux sociaux (rires). J’y consacre une (très) grande partie de mon temps. Très difficile, si ce n’est impossible de quantifier. Le jour où je compterai le temps passé sur La Gazette, il sera temps d’arrêter ou de faire autre chose.

  • Tu es aussi membre des Casquetteurs. Qu’est-ce que ça signifie pour toi ?

Avec des copains, nous avons relancé les casquettes vintage, portées sous le casque lorsque l’on s’entraîne mais aussi au quotidien. Perso, c’est une marque d’appartenance au monde du cyclisme. C’est pas grand chose mais j’aime bien. Beaucoup de fans de foot portent des maillots en ville, on identifie rapidement leurs intérêts, leur passion. Quand vous me croisez, vous allez vite deviner quelle est la mienne grâce à ma casquette. Je trouve ça sympa.

 

Crédit photo : Josselin Riou

Josselin & Nicolas Riou

  • Comment es-tu arrivé dans les équipes d’Eurosport ? Quels y sont tes rôles ?

J’ai intégré Eurosport en 2014, peu avant le Tour de France, au cours d’un stage. De fil en aiguille, du bouche à oreilles suite à plusieurs articles sur mon site. J’ai eu l’opportunité d’être stagiaire une première fois à Eurosport puis une deuxième, et une troisième.
J’ai commencé par être runner sur le Tour 2014, j’étais chargé de trouver et d’accompagner les invités de l’émission de Greg, triple vainqueur du Tour, ainsi que d’accompagner les journalistes en interview au village départ. C’était vraiment un premier contact avec le Tour de France, avec Eurosport et avec le journalisme professionnel. J’ai ensuite enchaîné avec de la gestion de direct en régie depuis Paris. Ce que j’ai ensuite fait durant mes autres stages, avec une parenthèse sur la Flèche Wallonne 2015 où j’ai réalisé un sujet de trois minutes en immersion avec la formation Tinkoff-Saxo.

Cette année, j’étais responsable du contenu des émissions d’Eurosport International sur le Tour de France et La Vuelta, avant et après les étapes. Sur le Tour d’Espagne, j’ai ajouté une corde à mon arc en collaborant à la réalisation des Rois de la Pédale, deux fois par jour. Un vrai plaisir.

  • En t’écoutant en direct lors de la course féminine de la Vuelta, on a remarqué une belle aisance pour une première ! Qu’as-tu ressenti ce moment-là ?

Un peu (beaucoup) de stress sans doute. Mais avant tout du plaisir. C’était le dernier jour de La Vuelta, la première pour moi. Tout s’était bien passé, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Ça fait quelque chose son premier commentaire, tu as beau préparer le plus de choses que tu veux, le moment venu, c’est de l’impro. Il se passe telle chose donc on parle de tel sujet et puis cela, et une attaque, un sprint, une anecdote. C’est vraiment particulier. Une belle première expérience.

Crédit : Wouter Roosenboom ‬

Crédit : Les Rois de la Pédale

 

 

 

 

 

 

 

  • Tu es également un fin connaisseur du cyclisme féminin ! Tu t’intéresses donc autant aux filles qu’aux coureurs masculins ?

Fin connaisseur peut-être pas, mais connaisseur oui. Ma mère, Roselyne, courait à très bon niveau dans les années 90 avec Longo, Moncassin, Marsal ou Nicoloso. Je ne me souviens pas de cette époque, car je suis né en 1996 ! Mais il y a des photos et les histoires que l’on me raconte. Mon père, cycliste et président de club, a oeuvré pour le cyclisme féminin à cette époque-là, à travers l’équipe féminine qu’il dirigeait au Nantes Caducée Club et aux courses qu’il organisait. C’est dans la famille.

  • Rien que cet été, tu étais présent sur le Tour de France, puis à la Vuelta et à Bergen. Dans les coulisses de telles courses, as-tu ressenti des changements d’ambiance, des engouements différents ?

L’engouement pour le cyclisme reste incroyable partout dans le monde mais c’est vrai que l’on peut voir qu’il y a un respect grandissant à l’étranger par rapport à la France. Les supporters espagnols sont géniaux. Partout. En descente de cols, lorsque ça bouchonne, ils viennent discuter, ils rigolent, t’aident, te proposent un coup à boire. C’est sacrément détente. Au final, on partage la même passion et c’est ça qui est sympa.

Bon, la Norvège, c’est hors-catégorie. Les gens sont vraiment fous, principalement d’Edvald Boasson Hagen, mais du cyclisme en général. Ils étaient là dès le samedi des reconnaissances pour encourager les coureurs. Ce n’était que mon deuxième mondial sur route après Ponferrada, en Espagne, qui ne m’avait pas du tout laissé la même impression. À Bergen, le monde qu’il y avait. Pour les courses, les cérémonies protocolaires, le chrono Elites Hommes du mercredi… Incroyable. Un véritable engouement. Le vélo qu’on aime.

  • Comment as-tu vécu tout ça de l’intérieur ?

Le Tour, tu ne le vis pas comme les autres épreuves. Les journées sont plus longues, du fait des étapes en intégralité, la sécurité est maximale donc tu ne vois pas toujours l’ambiance, les choses qui se passent à côté. Même si cela reste une ambiance particulière. C’est le Tour, l’événement de l’année pour moi. Chaque fin juillet, quand j’arrive sur les Champs Elysées, je regarde où sera le départ l’année prochaine, et je me dis que ce serait cool d’y être. Donc maintenant, j’espère être en Vendée, c’est juste à côté de la maison en plus, moi qui suis de Nantes, donc j’espère de tout coeur.

  • As-tu une préférence pour le Tour ou la Vuelta ?

Sportivement, les deux me font rêver même si La Vuelta nous a livré une édition exceptionnelle. Le Tour possède ce petit quelque chose mythique. On a tous grandi avec le Tour, à la TV ou au bord des routes. En faire partie, revêt forcément un caractère particulier. Mais après avoir découvert la Vuelta… C’est sacrément bien quand même ! L’ambiance autour de l’événement est totalement différente. Il y a moins de monde, plus de proximités avec les coureurs et les spectateurs, plus de temps pour en profiter aussi. C’est différent mais je donnerai un petit plus à La Vuelta. J’attends de faire le Giro pour pouvoir comparer les trois !

  • Revenons aux Championnats du monde. Tu as passé toute la semaine au cœur de l’événement, et tu es parvenu à jongler entre ton site et les Facebook live en compagnie de l’équipe de France pour Eurosport. Comment gères-tu ton planning bien chargé ainsi que la logistique ?

Pour le planning, tout s’est bien combiné. En arrivant le vendredi, deux jours avant les premiers chronos par équipes, j’ai eu le temps de voir un peu venir. J’ai interviewé Roxane Fournier et Audrey Cordon-Ragot pour La Gazette, les samedi et lundi puis Cyrille Guimard (mardi), Warren Barguil, Tony Gallopin et Anthony Roux (vendredi) et enfin Lilian Calmejane (samedi). Ce sont avant tout les coureurs qui décident en fonction de leurs disponibilités.

Niveau logistique, je me suis retrouvé sur places avec des copains. On partage un Airbnb et la nourriture. C’est des vacances entre copains sauf qu’on «travaille».

  • On en déduit que tu es proche des coureurs ?

Assez, mais c’est relatif. Avec les Juniors, les Espoirs davantage qu’avec les professionnels. C’est bien qu’ils sachent qui tu es et ce que tu fais, s’ils aiment ton travail, ça facilite forcément le contact si tu veux une interview. Mais ce n’est pas une préoccupation.

  • Comment trouves-tu l’inspiration pour toutes les interviews que tu réalises ?

En dormant peu ? Plus que le contenu, c’est l’organisation qui, parfois, peut inquiéter. Est-ce que ça va fonctionner, est-ce que j’arriverai à être à l’heure à tel point en partant à telle heure sans louper telle chose. Le contenu ensuite, tu connais la personne, tu connais le sujet. Tu prépares une base, des idées et ça déroule. Je parle beaucoup aussi, avec mes proches, des amis qui ne sont pas forcément des grands fans de vélo. Tu trouves des idées nouvelles, différentes. Il faut garder l’esprit ouvert.

  • Peux-tu nous raconter une anecdote déroulée lors Championnats ?

Le titre de Benoit Cosnefroy. À 30 ou 40 kilomètres de l’arrivée, j’avais enregistré un tweet dans mes brouillons : BENOIT COSNEFROY CHAMPION DU MONDE. J’ai voulu faire pareil avec Julian Alaphilippe, mais du coup, le tweet est encore dans les brouillons, il attendra Innsbruck 2018 !

Les supporters français, bretons et vendéens, qui sont là pour leurs 18ème mondiaux. Ils n’en manquent pas un depuis Plouay 2000. C’est superbe ça. La passion, la vraie. J’adore.

  • Si tu devais choisir trois instants clés des dernières courses aux quelles tu as assisté, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? Procuré beaucoup d’émotion ?

– La fin de carrière d’Alberto Contador. Quand il passe sur la ligne d’arrivée à Madrid, seul, c’est fantastique. Je m’en souviendrai longtemps. La nuit qui tombe doucement sur Madrid, la lumière est magnifique, le vacarme de la foule, les voitures et les motos et surgit un homme. Le Pistolero, il fait son signe pour la dernière fois. C’est beau. On pense ce que l’on veut du coureur, du personnage, de l’homme. C’était beau. Comme sa victoire la veille à l’Angliru était historique. J’ai eu la chance d’assister à une interview en one-to-one réalisée par Eurosport, à la veille de La Vuelta, à Nîmes. Quel champion. Quelle classe. Tu l’écoutes raconter sa carrière, ses bons, ses mauvais moments. Ça fait quelque chose.

– Le sacre de Benoit Cosnefroy à Bergen. J’ai couru avec lui lorsque j’étais plus jeune et nous avons partagé quelques journées dans son Cotentin natal. Un chic coureur, super respectueux, qui n’oublie pas d’où il vient. Rien à dire. Je lui souhaite le meilleur pour sa carrière chez les professionnels et tout ce qu’il lui arrive n’est que mérité !

–  Warren Barguil qui gagne à Foix, le 14 juillet, maillot à pois sur les épaules. Mais aussi l’étape de Chambéry, qu’il perd d’un boyau sur Uran. Le fait de puiser dans un «échec» tout à fait relatif car tu termines deuxième d’une étape du Tour de France, pour trouver la force de claquer deux étapes, le maillot à pois et un Top 10 au général, c’est très fort. Ça inspire, mentalement. Pour les sportifs mais pas seulement. Ne pas s’arrêter sur un échec, sur un obstacle, se relancer, repartir, y croire encore et encore. Tant que la ligne n’est pas franchie, que la fin du match n’est pas sifflée, que ce n’est pas terminé, c’est possible.

–  Vous m’avez dit trois instants ? Bon c’est dommage, j’en avais bien d’autres… Pêle-mêle : Tom Dumoulin champion du monde du chrono à Bergen, Alaphilippe sur la Vuelta, Kittel sur le Tour et notamment cette victoire sur Boasson Hagen de quelques millimètres à Nuit Saint Georges, la chute de Cavendish à Vittel et la folie que cela engendre. Bref, je garde beaucoup beaucoup de choses en mémoire !

 

  • Et ton vélo dans tout ça ? On a vu que tu participes à des compétitions, comme tu peux partir rouler à l’autre bout du monde…

Le vélo prend un peu la poussière depuis quelques semaines… Après avoir fait quelques résultats chez les jeunes, j’ai arrêté la compétition lorsque j’étais à Montpellier pour les études. J’ai repris cette saison en 3e catégorie, tranquillement, même si je cours la plupart du temps avec les 1e catégories ! Malheureusement, je me suis cassé la clavicule début juin… C’est pas de bol ça. J’ai assez peu de temps pour courir mais j’ai quand même une place de 2ème cette saison. Pour un mec qui roule pas c’est bien.

Plus sérieusement, j’aime garde ce contact avec la compétition. C’est important et ça peut aider pour le métier que je fais. De connaître les coureurs, leur tempérament, leur façon de courir lorsque tu les as côtoyé chez les jeunes ou les amateurs, et même personnellement, de ressentir certaines sensations, de joie, de déception, certaines tactiques. Tant que je peux et que ma clavicule le veut, je continuerai.

Et le vélo me fait pas mal voyager. J’ai la chance d’avoir été en Afrique du Sud pour un shooting photo. C’est assez joli, je vous conseille ce charmant petit pays surtout lorsque l’hiver attaque la France. Là-bas c’est l’été et rouler à 4 ou 5 heures du matin, alors que le soleil se lève, est très agréable, croyez-moi.

  • Quelque chose à ajouter ?

Merci ? Et comme dirait l’autre, vive le vélo. Que l’engouement suscitée par la Petite Reine perdure, qu’il grandisse et que l’on profite d’un beau sport, qu’il nous réunisse plutôt qu’il nous divise.

  • Merci de nous en avoir dit plus sur toi, et chapeau pour ton parcours ! A bientôt pour le partage de nouvelles aventures !

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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