Restons à la Maison – 6 –

Le Fil Rouge du site qui ravitaille le cyclisme - Spécial confinement -

  • mercredi 29 avril 2020

 Vos semaines se suivent et se ressemblent ? Dans ce nouvel épisode du Fil Rouge spécial confinement, vous trouverez de quoi pimenter vos recettes !

Au menu : des saveurs exotiques, du réalisme comme de l’optimisme et de bonnes nouvelles partagées par les nouveaux coureurs qui nous ont invité chez eux. Pour les savourer à votre tour sous un air printanier, rendez-vous ci-dessous !

 

 

– Kevin Boyer – Vélo Club Villefranche Beaujolais –

 

Le week-end précédant le décret du confinement, je devais participer avec mon équipe à la première manche de Coupe de France N1 qui devait être mon premier gros objectif en cette saison 2020. Bien entendu la course a été annulée, on s’était donc rabattu sur une autre course où l’organisateur était déterminé à honorer son événement, mais on a vite compris que ça allait être compliqué.

Au début du confinement je ne savais pas trop quoi faire, ni quoi penser, j’étais vraiment très frustré. J’avais fait une grosse préparation hivernale, on ne savait pas trop où on mettait les pieds. Après avoir discuté avec mon entraîneur, je me suis imposé une semaine à zéro pour avoir le temps de réfléchir à un plan bien élaboré.
Après ça, un quotidien s’est imposé entre home-trainer, préparation physique, Netflix et bien sûr les préparations en cuisine se sont multipliées !

Aussi, je vais me marier ! Il fallait donc voir si on se supportait ma fiancée et moi, ce confinement est un bon test !

Si cette période me fait prendre conscience de certaines choses…? Pour le moment je n’ai jamais eu de saisons sans encombres depuis que je suis Espoir en N1. Maladie, commotions, blessures, on va dire que j’ai l’habitude de ces longues périodes d’arrêts forcés où je dois garder une bonne condition et un poids de forme sans rouler. Ça fait bien longtemps que je sais que l’on n’a pas le contrôle sur tout !

Une petite phrase positive, comme on dit chez moi : « Ti pa ti pa n’arrivé » : « Doucement mais sûrement on y arrivera ».

C’est difficile pour tout le monde, mais restons chez nous ! On peut le voir, le soleil nous nargue. Je suis réunionnais c’est un besoin !

Après le confinement, j’ai juste envie d’aller avec quelques équipiers faire de grandes journées vélo avec quelques arrêts boulangerie ! Pour faire du beau vélo plaisir comme on l’aime. On va dire que cette période forge un peu plus le mental. Une fois que ça sera résolu, on pensera à profiter de chaque moments de liberté.

 

  • Es-tu plutôt viennoiseries ou pâtisseries ?

Je suis très pâtisseries ; je ne m’y autorise pas souvent mais lors de très grandes sorties, je considère que c’est écrit sur mon plan d’entraînement !

 


– Simon Pellaud – Androni Sidermec –

 

Je suis actuellement en Colombie dans ma petite maison, ici sur les hauteurs de Medellin. J’habite en campagne, la route pour arriver chez moi n’est pas goudronnée. Depuis le début du confinement obligatoire (qui a été instauré ici le 20 mars dernier), je ne suis sorti que deux fois pour faire des courses. En un mois ça fait peu de mouvement… surtout pour quelqu’un comme moi qui ne tient d’habitude jamais en place.

J’essaie de rester un peu tranquille, je m’entraîne passablement, malgré l’altitude (je vis à 2600 mètres d’altitude). Je retrouve les frères Chaves tous les jours pour des entraînements sur la plateforme Zwift mais aussi trois fois par semaine pour un entraînement de renforcement musculaire avec un ami Physio. L’ambiance est bonne et nous nous motivons mutuellement car nous avons tous nos moments de doutes…

L’entraînement à cette altitude n’est franchement pas évident. Chaque coup de pédale coûte passablement d’énergie ! Je fais attention à ne pas trop en faire. Sinon je profite vraiment de cette quarantaine pour prendre soin de ma maison ici. Je cultive un jardin potager, je prends soin des 2000 mètres carrés de terrain où j’habite. Avec ma copine nous avons planté plusieurs arbres, fleurs,… Je profite du calme et de la nature qui m’entoure pour me ressourcer.

Je pense que cette crise du Covid.19 va laisser des traces sur notre société, le monde du sport en particulier du cyclisme (qui dépend étroitement du sponsoring) va être profondément chamboulé. Tout dépendra du temps qu’il nous faudra pour « vaincre » ce virus… Mais on dit que faire du vélo ne s’oublie pas ! Donc il faut prendre notre mal en patience et essayer de trouver un équilibre différemment.

Ce que je ferai en premier à vélo lorsque cela sera autorisé ? Une sortie à vélo de 200 kilomètres sur les routes les moins fréquentées d’Antioquia. La liberté me manque beaucoup. Ensuite hors vélo… je sauterai dans le premier avion pour rentrer en Valais voir ma famille. Je peine à me rendre compte que ma situation actuelle touche les 3/4 de la population mondiale… Mais j’apprends à prendre le temps. À être moins stressé et savourer des petites choses.

 

  • Es-tu plutôt spirituel ou pragmatique ?

Plutôt pragmatique !

 


– François Pervis – Multiple Champion du monde et recordman sur piste –

 

Avant le confinement, je sortais d’une longue période de repos d’un mois. Chose extrêmement rare puisque habituellement, je ne coupe que 1×2 semaines et 1×1 semaine dans l’année mais après divers événements. Ces deux dernières années, j’avais réellement besoin de couper pour me régénérer à la fois physiquement et mentalement.

Je venais donc tout juste de reprendre par un cycle de foncier sur route qui a malheureusement été arrêté à cause du confinement. Donc depuis son début, j’ai repris la musculation grâce au matériel que le CREPS d’Ile-de-France m’a prêté et je les en remercie énormément. J’en profite donc pour refaire mes bases en musculation et j’alterne un jour muscu, un jour vélo sur Zwift et Rouvy où pour l’instant, je fais des sorties de 1h30 à 2 heures pour accumuler tranquillement les heures de selles.

Je reprendrai prochainement mon entraînement piste là aussi par les bases. Je suis donc pas mal occupé ! Pour le moment, je m’entraîne une fois par jour et je vais bientôt repasser à deux fois par jour. Entre temps je m’occupe de mon jardin, je fais du tri et range mon garage, mes placards.

Cette période nous fait prendre conscience que l’on est peu de chose sur Terre et que nos erreurs nous allons tous les payer un jour ou l’autre. La preuve avec ce virus. Et ça n’ira pas en s’arrangeant avec le temps. Il n’y a qu’à regarder la fonte des glaciers et de la banquise.

Une citation ? Je dirais tout simplement : « Ce qui ne te tue pas te rends plus fort » ou : « C’est quand on est repoussé dans nos retranchements que l’on en apprend le plus sur nous-même et sur ce que l’on est capable de réaliser » .

À la sortie du confinement, j’irai rouler sur route et retrouver ma campagne. Respirer le grand air pur à plein poumons et lorsque je serai en période de récupération entre deux cycles d’entraînements, j’irai pêcher quelques jours en dormant au bord de l’eau. Mais avant ça, j’irai retrouver ma fille de cinq ans que je n’ai pas vu depuis plus de trois mois. Ça commence à faire long.

Concernant l’état d’esprit que je souhaiterais garder à la suite du déconfinement : respecter une certaine hygiène et respecter la nature. Malheureusement, ce genre de virus provient toujours du même endroit et il serait bien qu’il y est une vraie prise de conscience à ce sujet. Et bien je crois que désormais, nous n’oublierons plus jamais à quel point tout le personnel soignant mérite beaucoup plus que ce qu’il avait jusqu’à présent. Il mérite une vrai reconnaissance.

 

  • Es-tu plutôt rouleaux ou home-trainer ?

En ce moment je suis les deux car je fais mes entraînements dit endurance sur home-trainer connecté et sur rouleaux pour mes sprints. Je peux aussi faire mon endurance de force et endurance de puissance sur HT connecté. C’est même beaucoup mieux que sur rouleaux ou piste car il n’y a pas d’inertie sur HT connecté et je peux rester dans les cadences souhaitées. Car sur piste avec l’inertie, on prend de la vitesse et on peut sortir de la fourchette de cadence souhaitée et donc ne plus être dans l’objectif de séance recherché.

 


– Paul Lapeira – Chambéry Cyclisme Formation –

 

Avant le confinement, je venais de reprendre ma saison avec mon équipe Chambéry Cyclisme Formation. Tout se passait bien car nous avions remporté trois courses sur les quatre auxquelles nous avions participé et j’avais eu le plaisir d’en remporter une en toutes catégories. C’est clair que sur le moment ça a été très frustrant d’apprendre que nous allions être confinés. Mais avec le recul il y a des personnes qui vivent des moments bien plus difficiles. Et ce n’est pas si compliqué de rester chez soi !

En effet, cette période me fait relativiser sur ce qui compte vraiment. J’ai toujours été assez casanier, j’aime bien être au calme chez moi donc ce confinement n’est pas dur à vivre. Sur le long terme, j’aurai surtout tendance à être plus prudent, en période hivernale surtout, lorsque des maladies traînent. Je pense qu’on a beaucoup à apprendre en France sur ça.

Une phrase positive ? « Mieux qu’hier, moins bien que demain ».

C’est en étant restreint qu’on se rend compte que notre vie habituelle est vraiment bien. Et je compte bien profiter de la vie en général quand tout ça sera fini. Que ce soit sur le vélo ou bien en dehors.

Comme je l’ai dit, cette période m’a appris à relativiser et à me rendre compte que les petits problèmes de la vie, les blessures et les déceptions sportives ne sont finalement pas si graves et qu’en prenant du recul, on peut toujours en tirer un bénéfice.

 

  • Es-tu plutôt lecture ou écriture ?

En temps normal, je ne suis pas littéraire et même plutôt attiré par le technologie mais ces derniers temps je me mets à lire. donc je suis plutôt lecture !

 


– Josselin Riou – Eurosport –

 

Étant journaliste sportif pigiste à Eurosport, je suis soumis aux événements sportifs diffusés en direct sur les antennes et le besoin de la chaîne en journalistes pour préparer les diffusions, assurer leur bon déroulement ou les rediffusions. Je préparais des sujets sympas sur Paris-Roubaix 2020. On avait pris de l’avance et du coup… pour rien. C’était vraiment fin février, début mars ça. On a commencé à apprendre l’annulation des courses mais pas encore le confinement. On m’a alors proposé de réaliser plusieurs best-of de 45 minutes pour combler l’absence de course jusqu’à… on ne sait pas quand.

Et là, confinement. On a travaillé pendant une semaine sur les possibilités de monter les émissions en télétravail. On a trouvé et depuis la fin mars, je travaille pleinement à ces best-of. L’occasion de saluer le super travail de Pierre, monteur avec qui je collabore à distance. Pas évident mais ça se passe bien. Ça m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences en logiciel, sur le montage.
Gardons le positif de tout ça. Pour moi, ce confinement ne change donc pas grand chose si ce n’est que je suis bien occupé avec le travail d’un côté et une petite fille de cinq mois de l’autre.

Ce que cette période me permet de prendre conscience, c’est ce que l’on a vécu depuis le 25 octobre avec ma copine. On attendait notre premier enfant et du jour au lendemain, elle a été hospitalisée car elle souffrait d’une pré-éclampsie. Le bébé était prévu pour début février et pouvait dès ce jour arriver n’importe quand. Passons les détails, mais j’invite les lectrices et lecteurs à se renseigner sur cette maladie sans doute trop peu connue, elle m’était totalement inconnue personnellement.

La petite Agathe est arrivée le 21 novembre, dix semaines trop tôt. 865 grammes pour une trentaine de centimètres. 75 jours de réanimation néonatale. En tout, on a passé 100 jours à l’hôpital dont Noël et le jour de l’an. Une sorte de confinement aussi… Ça fait clairement relativiser ce que l’on vit actuellement.
Agathe est rentrée le 3 février à la maison et sa prématurité ne nous permettait pas de l’emmener partout donc on faisait déjà très attention.

Finalement le confinement, c’est de beaux moments passés en famille avec le petit chat aussi. On aurait forcément aimé sortir, se promener. Mes parents et amis devaient venir voir Agathe pour la première fois car ils n’avaient pas – ou peu – pu venir à l’hôpital. Mais c’est ainsi, il faut faire avec, sans être fataliste, juste réaliste.

J’adore les citations mais je ne m’en souviens jamais c’est dommage ! Pour garder le moral, regardez les vidéos de François Damiens, l’humoriste belge. Mon frère me l’imite trois fois par jour au téléphone, avec ça je garde le moral.

Ce que je vais faire après le confinement ? Bah du coup du vélo. Parce que je n’y ai touché… une fois en dehors du home-trainer depuis le 25 octobre. À peine j’avais le temps d’aller rouler car ma fille et ma copine allaient mieux, j’ai fait 60 kilomètres et confinement ! Ce n’est pas grave, je ne comptais pas passer pro cette année !

En dehors du vélo ? Ma copine veut aller au restaurant visiblement puisqu’elle m’en parle tous les jours. Mais il faudra attendre un peu plus encore. Une belle promenade en poussette sans regarder l’heure tourner, ça serait sympa.

Habitude à garder sur le long terme : tousser dans son coude ? Plus sérieusement, prendre soin de ses proches. S’appeler, s’écrire, se parler. On n’a pas toujours le temps. Ou comme aime dire mon père : on ne le prend pas. Parce que le temps on l’a, mais on l’utilise différemment. Je suis content de faire des appels vidéos avec ma fille et mes parents, qu’ils puissent la voir sourire, jouer, rigoler. Je sais que ça, ça leur met beaucoup de bonheur dans leurs journées.

 

  • Es-tu plutôt lecture de romans ou de journaux ?

Le Petit prince pour les bébés ça marche ? Sinon presse en ligne, j’aime bien être au courant, pas pour rien que je suis journaliste. Mais les nouvelles du moment ne sont pas toujours très motivantes à lire.

 

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Merci à Kevin Boyer, Simon Pellaud, François Pervis, Paul Lapeira et Josselin Riou pour ce Plat spécial, qui nous permet d’avoir de vos nouvelles et de valoriser vos différentes personnalités. Et même si le mois de mai approche sans que l’on puisse faire totalement ce qui nous plait, restons prudents et passionnés !

 

Superbe vue en provenance de la maison de Simon Pellaud en Colombie

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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