Tao Quemere : entre rayons et ski de fond

La série du Vélo Club Villefranche Beaujolais - Étape 3 -

  • mercredi 12 juin 2019

La Meute est déchaînée ! Après avoir fait un tour dans les Hautes-Alpes en compagnie d’Arnold Reifler puis des détours en cyclo-cross avec Eddy Finé, ce printemps est riche en émotions positives comme en belles victoires pour les coureurs du Vélo Club Villefranche Beaujolais.

Photo : Noémie Morizet

Pour cette troisième étape de la série consacrée à cette équipe familiale qui évolue pour la première saison en Division Nationale 1, partons à la découverte d’un coureur pas tout à fait comme les autres. Arrivé au vélo sur le tard, il en connait pourtant déjà un bon rayon et jongle avec son métier lié au ski de fond.

Toujours avec la complicité de Divergentes Communication, voici le troisième coureur du VCVB à partager un mets à nos côtés : Tao Quemere.

 

Bonjour ! Oui il y a eu un bel enchaînement, ça a pris un peu de temps avant qu’elles arrivent, alors elles sont d’autant plus appréciées. Le compteur a été débloqué par Sten Van Gucht avec le général du Tour de la Vallée Montluçonnaise. Ensuite, Eddy a gagné la Coupe de France à Montbéliard puis Sten à nouveau lors des Monts du Livradois et Alexandre Delettre le Championnat Auvergne Rhône Alpes.

Je crois que ça fait plaisir à tout le monde, d’autant plus que ça tourne dans l’effectif ; ça va transcender les autres et tout le monde va pouvoir passer un niveau supérieur.
Ceux qui sont le plus émus/heureux/soulagés, c’est sans doute notre staff. c’est difficile à décrire, mais le DS et les assistants/mécanos sont comme des dingues quand ça claque !

 

Alexandre Delettre champion d’Auvergne Rhône Alpes devant Eddy Finé – Photo : Mathilde Clouard

 

  • On imagine que vous souhaitez continuer sur une telle dynamique ; quels sont les prochains objectifs du Vélo Club Villefranche Beaujolais ?

Je pense que c’est une bonne spirale et que personne a envie de l’arrêter, le mois de Juin est dense ! Le Tour du Beaujolais arrive, ensuite il y aura deux fronts avec le Nivernais Morvan et le Tour du Pays de Savoie. Et je crois que sur ces trois épreuves, ont peut espérer jouer devant et ramener un maillot à la maison. Ensuite, il y aura les Championnats de France etc… toute la saison est importante !

 

  • Parlons de toi plus particulièrement. À bientôt 29 ans, c’est « seulement » ta troisième saison en tant que cycliste amateur à haut niveau. Comment expliques-tu cela ?

Avant de me « mettre » au vélo, j’étais fondeur. J’ai arrêté car je n’avais plus les ressources financières pour continuer en ayant des objectifs de haut niveau. On m’a proposé de travailler dans le staff de l’équipe de France de ski de fond, je n’ai pas loupé l’opportunité.

Du coup, mon calendrier s’est ouvert et je me suis dit que ce serait cool de faire des sports que je n’ai jamais fait. J’ai donc pris une licence en Pass’ au Team Vercors et j’ai fait quelques cyclos.

Après, j’ai pu préparer l’Étape du Tour avec Skoda, mais je crois que personne ne s’attendait à ce que ça se passe comme ça. Je me suis découvert en même temps que les autres m’ont découvert. Mais à ce moment-là, je voulais tout faire, car la semaine après l’Étape, il y avait les Championnats de France du kilomètre vertical, et je voulais faire un bon résultat. Du coup je fais troisième…

Et en plus de tout ça, je voulais faire du VTT également, bref, j’étais un peu boulimique de sport ! C’est les raisons pour lesquelles je suis allé à Villefranche seulement l’année suivante (2017.)

 

Photo via Tao Quemere

 

  • Tu entames donc ta troisième saison au cœur du VCVB. Comment se sont passées les deux années précédentes ?

Ma première saison, c’était de la découverte pure et dure, j’étais en deuxième catégorie, je ne connaissais pas du tout le fonctionnement des courses élites. Mais le club a su voir quelques qualités je pense et il m’ont emmené de plus en plus souvent sur des courses en élite, comme à Cours-la-Ville où je fais deuxième et au Tour du Chablais dont je gagne la première étape.

La deuxième je voulais confirmer, mais pour moi je n’ai pas réussi ! Je sais que physiquement j’étais présent mais je n’ai pas réussi à gagner. Du coup j’ai aidé les copains à ramener les victoires, comme Bastien avec le Nivernais, ou les gagnes sur la coupe de France DN2.

 

  • Au delà du vélo, tu as un autre point commun avec Arnold Reifler : une grande ferveur pour les montagnes, les Alpes et le ski. Peux-tu nous décrire cet amour inconditionnel ?

Je ne sais même pas si on peut parler d’amour, c’est presque de l’ADN. La montagne je suis né dedans, grandi avec. Forcement, ça façonne une certaine mentalité, un certain physique aussi. C’est difficile pour moi d’imaginer une saison sans voir la neige. Ou un paysage sans relief…

 

  • Lorsque les coureurs profitent de la trêve hivernale, toi tu prends tes skis, et surtout tu affûtes ceux de l’équipe de France de ski de fond. Parles-nous de ton métier et de ce qu’il t’apporte.

Mon métier est assez simple, je prépare les skis des athlètes qui sont aux départs des Coupes du Monde de ski de fond. On est un staff de sept pour faire ça, et on essaye de fournir un matériel qui soit dans la moyenne, pour que les coureurs puissent s’exprimer au mieux. Sur le principe, c’est simple. En vérité, c’est un travail empirique avec des tests qu’on doit adapter en fonction des conditions, des horaires d’ouverture et de courses.

C’est un travail en équipe, dans l’ombre. Un travail qui se voit quand on se trompe (ça arrive). C’est un métier qui m’apprend à rester humble et discret face à la réussite sportive. Car si le matériel est important, c’est l’athlète, quoi qu’il arrive, qui construit sa victoire.

 

  • Quelles sont les différences et les ressemblances entre le milieu du vélo et celui de ski de fond ?

C’est compliqué de faire un comparatif. Ce sont deux sports d’endurance, mais autant en vélo, un leader a besoin de coéquipiers, autant en ski, ce n’est pas le cas. Il y a un nombre important de staff autour de la réussite des athlètes dans les deux cas. Je crois aussi que la médiatisation est différente, et donc les budgets de fonctionnement également. C’est le jeu, mais ce n’est pas forcement juste, car pour être au top niveau en ski, l’implication est bien supérieure que celle du vélo (attention, je ne dénigre pas).

 

  • En jonglant ainsi avec les deux, as-tu trouvé ton équilibre ?

J’ai trouvé un bon équilibre avec ces deux milieux, je ne saurais pas dire si c’est mon équilibre !

 

  • En avril dernier, tu as effectué un stage dans une chambre hypoxique. Peux-tu nous expliquer à quoi ça consiste et ce que ça peut t’apporter ?

Les chambres hypoxiques, c’est une simulation des effets de l’altitude. Avec pour avantages de seulement dormir avec moins d’air et de pouvoir s’entraîner normalement. Tout le monde ne réagi pas de la même façon. Je sais qu’en ski, ça me convenait bien, alors j’ai voulu faire ça cette année pour essayer d’accélérer un peu ma préparation et de passer un petit cap supplémentaire.

Je ne suis pas sûr de savoir expliquer en quelques mots les effets de l’altitude sur l’entraînement. Alors je vais pas le faire, ça m’évitera de dire des bêtises !

 

  • On a déniché ceci sur le site du VCVB :

– « Qu’est-ce que le cyclisme vous a appris ? – À manger moins ! »
– « Si vous n’étiez pas un coureur, qui seriez-vous ? – Un obèse »

Ce qui nous a bien fait rire ! On en déduit que tu es un grand gourmand ? Comment gères-tu ton alimentation du coup ?

En fait, oui, je suis gourmand. Mais c’est plus une façon de rester moins sérieux. Ça date de ma victoire sur l’Étape du Tour en 2016. Il y a eu certains commentaires marquant, avec du style : « Ce n’est pas normal qu’avec ce physique il puisse grimper comme ça » ou encore : « Vu le gabarit, c’est louche comme victoire ».

Bon, moi je comprends, inconnu du milieu, je mets les pieds dans le plat… les gens peuvent avoir ce genre de réaction, ils sont ignorants du haut niveau, c’est facile de se faire un avis. Mais je me suis surtout dit que les cyclistes avaient une forte tendance à stéréotyper le vélo. Du coup, ça me fait rire de parler de moi comme un gros. Je sais que je ne suis pas le modèle du grimpeur, mais quand je tombe je me casse pas une clavicule !

Et pour mon alimentation, j’ai vraiment appris des choses, qui m’ont sans doute manqué en ski. Mais il n’y a rien d’extraordinaire, enfin rien à raconter en tout cas !

 


~ Dans le Terrier ~

La petite rubrique qui a du flair !

 

  • Selon toi, quel coureur de l’équipe fait le plus attention à sa coiffure ?

À mon avis, c’est Arnold… c’est le seul que j’ai vu avec une brosse à l’arrivée d’une course !

 

  • Quel est le plus affûté d’entre vous ?

Kévin Boyer est le plus affûté… une vrai lame !

 

  • Qui est le plus superstitieux ?

Ça c’est chaud, j’ hésite entre Loïc Rolland, Sten et Audric Janin.

 

  • Lequel a le plus besoin des conseils de vos directeurs sportifs en course ?

En fait, c’est moi… les autres savent faire !

 

  • Qui est le plus extraverti d’entre vous ?

Arnold ou Alexandre.

 

  • Enfin, quel est le coureur dans la meute qui a le plus besoin de calme et de concentration avant le départ d’une course ?

Je crois, Nicolas Durand, il aime bien le calme.

 

Tao Quemere & Alexandre Delettre – Photo : Patrick Berjot

 

Merci à Tao Quemere comme à Divergentes Communication pour la troisième étape de la série consacré au Vélo Club Villefranche Beaujolais. Rendez-vous très vite pour la prochaine !

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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