Team Stamina : Claudie Chamboredon sans langue de bois

Être cycliste au féminin - Épisode 17

  • jeudi 10 septembre 2020

Photo : Daniel Bidon

 

Pendant que cette fin d’été a des airs de mois de juillet, la rentrée des classes jongle avec le calendrier de courses bien chargé. Le bon moment pour prendre des nouvelles de la Team Stamina ! Et c’est avec plaisir que nous retrouvons Claudie Chamboredon.

Après nous avoir parlé de son retour dans les pelotons puis de son confinement, nous allons notamment aborder dans ce mets un sujet pouvant être tabou : le sport au féminin. Ses spécificités, ses contraintes ainsi que toutes les particularités que nous seules les femmes pouvons rencontrer.

Une recette avec des ingrédients à la fois présents comme discrets, que nous allons vous dévoiler. Pour vous Mesdames, autant que pour vous Messieurs !

 

~ Nouvelles personnelles ~

Depuis mon dernier Plat avec Au bon dossard où je racontais mon confinement, j’en ai profité pour voyager un peu, partir dans Alpes, en Espagne, reprendre à rouler à l’air libre, et depuis on apprécie beaucoup plus les moments de liberté.

 

~ Retrouvailles avec la Team Stamina ~

J’ai repris les compétitions avec mon équipe Team Stamina au Chrono 47, support de la Coupe de France. C’était notre premier déplacement ensemble.

Depuis, on enchaîne les Coupes de France et les compétitions. Chaque semaine on voit une évolution, autant sur la cohésion d’équipe que sur notre organisation. Chaque week-end, on est heureuses de se retrouver avec le staff, on sait qu’on va passer un bon moment de rigolade. Ça se ressent sur les résultats, on est une équipe familiale, remplie de bonne humeur ! On vient de finir deuxième équipe DN2 sur la dernière manche de Coupe de France.

 

 

~ Expériences aux Championnats de France ~

J’ai participé à mes premiers Championnats de France Élite cette année. À cause de ma blessure, je n’avais jamais pu y aller. C’était une course avec un beau plateau, réunissant les meilleures françaises et ça sert de bonne expérience.

C’était le premier gros événement que je faisais dans ces règles sanitaires, ça peut paraître effrayant au premier abord, mais on comprend vite que c’est pour notre bien, et que si on veut préserver de tels événements, on doit se protéger. La santé avant tout.

 

~ En stage de kiné ~

Je suis actuellement en stage de kinésithérapie au sein du centre hospitalier d’Alès. C’est la première fois que je rentre dans le vif du sujet et que je découvre tous les aspects du métier. C’est très intéressant et je suis contente de me lever pour y aller. J’apprends tous les jours de nouvelles choses qui peuvent même m’aider dans mon sport comme des exercices de musculation, des étirements, des techniques de récupérations.

Mais le rythme à mener en accord avec le vélo est un peu plus difficile. Devoir faire sa sortie après une journée de travail c’est pas toujours motivant et surtout fatiguant. C’est sans compter sur les déplacements à l’autre bout de la France tous les week-ends. Je dois faire attention à mon organisation pour ne pas accumuler trop de fatigue.

 

Photos : Team Stamina

 

~ Lorsque le sport se conjugue au féminin ~

Le sport féminin se développe de plus en plus, on voit beaucoup de courses à la télé, des gros pelotons sur les événements, et même un Tour de France féminin prévu en 2022. Je pense que c’est ce qu’il manquait pour faire évoluer ce sport. Il y a une dizaine d’années, on ne voyait pas autant de filles sur le vélo et ça fait toujours plaisir de se retrouver et de pouvoir faire des courses exclusivement féminine.

On fait partie intégrante du cyclisme, certaines marques de vêtements ou de vélo mettent en place des gammes spéciales féminines. Il ne faut pas se voiler la face, pour une fille, faire 100 kilomètres dans un cuissard taillé pour les hommes ça n’est pas agréable, maintenant on ne connaît plus ça.

 

~ Être une femme et une cycliste ~

Le cyclisme féminin étant peu développé en France, il est difficile d’en vivre. Ce sport demande de gros sacrifices et d’être rigoureux. La plupart des filles du peloton cumulent le sport avec des études ou un travail. Ça creuse directement un écart entre les filles professionnelles et les autres, que ce soit au niveau des moyens financiers mis en place par l’équipe (équipements) ou sur la qualité de vie.

On est souvent comparées aux résultats des hommes mais divers facteurs ne nous mettent pas sur le même pieds d’égalité. Les capacités physiologiques et les cycles féminins sont à prendre en compte, on en parle peu mais ils ont une importance cruciale dans nos capacités. Notre sport étant moins connu chez les femmes, cela a un impact sur la notoriété.

On voit beaucoup de figures masculines gagner leur vie grâce à leur image, en faisant des pubs, des placements de produits. C’est beaucoup plus rare chez les filles. Le vélo féminin est encore peu télévisé comparé aux hommes, peu connu, alors ça motive moins les marques à nous aider.

Construire une vie familiale n’est pas évident non plus. Déjà que le cyclisme demande du temps, autant pour les entraînements que pour partir en déplacements. Une femme enceinte doit oublier les pelotons pendant au moins un an en général, ce qui n’est pas le cas chez les hommes.

Je pense que c’est difficile pour les filles de choisir entre construire une famille au risque de ne pas retrouver le niveau ou pouvoir continuer leur passion.

 

~ Cap sur la suite et fin de la saison 2020 ~

Je vais reprendre l’école courant septembre et entamer un autre stage en Espagne. Il va bien falloir gérer mon planning, pour pouvoir tout cumuler.

Cette saison, je ne veux pas me prendre la tête avec les résultats. Je veux prendre du plaisir à courir avec mon équipe, me redonner le goût de la compétition et surtout essayer de reprendre le cyclo-cross, c’est ce que j’attends le plus avec impatience.

 

Photo : Daniel Bidon

 

Merci à Claudie Chamboredon pour cette recette concoctée sans cuillère en bois ! Nous soutenons tes propos et toutes les bonnes initiatives pouvant permettre au cyclisme féminin d’évoluer, des équipes pro masculines passant au féminin, aux équipementiers notamment comme Ozarm proposant des gammes pour les dames. Ou encore l’Association Française de coureures Cyclistes.

Et bien sûr, toutes les autres équipes mettant les femmes en valeur, y compris celle que l’on suit depuis plusieurs saisons dont Claudie fait partie : la Team Stamina, à qui nous souhaitons une belle « fin » de saison !

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.