Chapeau Monsieur Fédrigo

Une page qui se tourne via un hommage

  • dimanche 4 septembre 2016

Le dimanche 28 août fut une journée chargée en émotion pour Pierrick Fédrigo. Il a accroché son dernier dossard, signé sa dernière feuille de départ et pris le départ de sa dernière course professionnelle. Après dix-sept années passées dans les pelotons, c’est sur une course, qui lui tenait à cœur et qu’il a remporté en 2008, la Bretagne Classics – Ouest France, qu’il a tenu à finir sa carrière.

 De cette carrière, la première image qui me vient à l’esprit est le jour de sa victoire à Pau sur la seizième étape du Tour de France 2010. Mais ce n’est pas son passage victorieux sur la ligne que je retiens. Cette étape pyrénéenne propose un copieux menu aux coureurs avec les cols de Peyresourde, d’Aspin, du Tourmalet et de l’Aubisque à gravir. Mais comme souvent avec les arrivées à Pau, les difficultés sont concentrées dans la première partie du parcours et les 90 derniers kilomètres en sont dépourvues.

Et ce jour-là, le départ est ultra rapide. Une échappée se forme rapidement dans Peyresourde, mais derrière le peloton ne laisse pas partir. Celui-ci explose complètement au point que dans l’Aspin, il n’est plus composé que d’une quinzaine de coureurs. Des coureurs comme Samuel Sanchez, Robert Gesink ou Joaquim Rodriguez, pourtant à la lutte pour un podium final, sont lâchés. Dans ce peloton, tout le monde parait à fond. Seuls trois coureurs semblent faire de la patinette, Alberto Contador et Andy Schleck, les deux grands favoris pour la victoire finale, et… Pierrick Fédrigo. Il rejoindra les survivants de l’échappée dans le Tourmalet alors que derrière le peloton se reforme. Il règlera ensuite ses huit compagnons, parmi lesquels Lance Armstrong, Chris Horner, Damiano Cunego ou Sandy Casar, dans un sprint parfaitement maitrisé à Pau. C’est cette impression de facilité, cette classe sur un vélo, que je retiendrai chez ce coureur.

C’est déjà elle qui m’avait impressionné lorsque je l’avais découvert au début de sa carrière sur les 4 jours de Dunkerque, une de ses courses préférées, alors qu’il portait encore le maillot du Crédit Agricole sous les ordres de Roger Legeay.

C’est dans cette formation qu’il est passé professionnel en 2000. Et durant ses dix-sept années de professionnalisme, il n’aura jamais quitté les pelotons français : cinq ans au Crédit Agricole, six ans dans l’équipe Bouygues Télécom de Jean-René Bernaudeau, six ans à la FDJ sous les ordres de Marc Madiot et ces deux dernières années dans l’équipe d’Emmanuel Hubert. Il aura été, avec les Voeckler, Chavanel, Moncoutié, Casar ou Chavanel, un des fers de lance de cette génération, qui aura traversé l’une des périodes les plus difficiles du cyclisme français, ne pouvant peut-être pas toujours lutter avec les meilleurs mondiaux sur les plus grandes courses du calendrier.

Pourtant son palmarès est éloquent. Il ne valait mieux pas arriver dans un petit groupe avec Pierrick Fédrigo, car sa pointe de vitesse, son sens de la course et sa froide détermination dans ces moments-là, en faisaient un adversaire redoutable. Il a ainsi glané notamment quatre victoires d’étape sur le Tour, un titre de Champion de France, un GP Ouest-France, un Critérium International, avec une victoire mémorable et pleine d’autorité en haut de l’Ospédale devant des coureurs du calibre de Samuel Sanchez ou de Cadel Evans, un 4 jours de Dunkerque et deux Tours du Limousin. Des victoires quasi-exclusivement acquises sur le sol français, seul une étape du Tour de Catalogne faisant exception à la règle.

Et c’est peut-être ce que l’on peut reprocher au Marmandais, qu’il n’est pas davantage forcé sa nature pour aller conquérir d’autres terres de cyclisme. D’un naturel humble et discret, il n’a peut-être pas toujours suffisamment cru en ses qualités. Ce n’est pas pour rien qu’un certain Bjarne Riis voulait le recruter en 2009, en lui promettant de grandes victoires. Mais ce fils d’agriculteur est resté fidèle à ses terres.

Dimanche dernier, Pierrick Fédrigo a eu toutes les peines du monde à retenir ses larmes, pour ses adieux qu’il a tenu à faire devant sa famille. Des adieux ? Peut-être pas complètement. Même si rien n’est décidé, il n’exclut pas de faire son après-carrière dans le milieu cycliste. L’hommage rendu par ses coéquipiers, plein de respect et d’admiration, démontre qu’il y a parfaitement sa place.

Chapeau l’artiste et bon vent.

Par Blouss

Rédigé par

Natacha Cayuela
Natacha Cayuela

Passionnée de vélo depuis ses dix ans, Natacha est la fondatrice du site qui ravitaille le cyclisme. Elle est également l'auteur du roman La Bonne échappée, où l'univers de la Petite Reine est mis à l'honneur.

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